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Pour l'Espagne, cette modification de la loi, qui permettra aux descendants des juifs expulses de recevoir la nationalite espagnole, est une opportunite de faire la paix avec son passe problematique. Mais les israeliens sont loin de cet age d'or.

 

יהודים מבקשים חנינה מפרננדו ואיזבלה, מלכי ספרד בעת הגירוש

Des juifs demandant la grace du roi Fernand et de la reine Isabelle a l'epoque de l'expulsion

 

Beaucoup d'israeliens d'origine sefarade ont passe cette fin de semaine a la recherche d'un certificat de naissance de leurs grands-parents, d'un certificat qui prouve qu'ils ont appris l'espagnol a l'universite, ou du dernier disque de Yasmin Levy, la reine incontestable du ladino. D'autres ont scrute la liste interminable des 5500 noms publies sur internet dans l'espoir de trouver leur nom de famille.

 

Vendredi dernier le gouvernement espagnol a valide une modification de la loi, qui est censee faciliter l'obtention de la nationalite espagnole aux descendants des juifs qui ont ete expulses d'Espagne il y a environ 500 ans. Cette modification, qui doit encore etre validee par le parlement, est devenue depuis un objet de discussion sur les reseaux sociaux, sur les lieux de travail et dans de nombreux cafes, "et toi tu es sur la liste ?" fut une des questions les plus repandues sur les differents forums. Malgre tout, il semblerait que la joie soit plutot anticipee et, au moins pour l'heure, les israeliens qui recherchent un passeport etranger devraient plutot chercher a se relier avec leurs racines polonaises ou allemandes.

 

Le professeur Shmuel Rafael, responsable du centre de recherche sur le ladino a l'universite de Bar Ilan, voit dans ce sujet "une injustice historique". Selon lui, "si les espagnols rendent la nationalite aux descendants des juifs expulses sans faire de difficultes et sans problemes de bureaucratie, s'ils font ce geste dans la tradition chevaleresque espagnole, s'ils reconnaissent qu'il a ete fait ici une erreur historique et qu'ils demandent a la reparer - alors cela aura un effet politique tres large, autant d'un point de vue general que vis a vis de l'Europe et de l'Etat d'Israel". Il faut des mesures pour renforcer la confiance, avant de commencer a distribuer des passeports sur le marche. Il propose au gouvernement espagnol de faire "un geste de respect" au large cercle des createurs, artistes, ecrivains et chercheurs qui sont impliques dans "l'aventure espagnole" : "l'Espagne doit fournir une liste d'une centaine de premiers citoyens qui reviennent au giron de la culture espagnole, et a partir de la continuer en avant".

 

Le professeur Raanan Rein, l'adjoint du president de l'universite de Tel Aviv, specialiste, entre autre, de l'Espagne du 20eme siecle, a declare que la discussion sur le don de la nationalite espagnole aux juifs a surtout une importance symbolique : "plus que le sujet des descendants des juifs expulses, cette decision a surtout un interet interne, lie a la facon dont l'Espagne fait face a ses 'autres parties de son histoire' : les juifs, les musulmans et les latino-americains". Il suggere d'etudier ce sujet a la lumiere de la volonte des espagnols "d'etre et d'etre compris comme europeens".

 

Le professeur Rein voit dans la discussion actuelle une partie d'un processus long et continu, dans le cadre duquel l'Espagne revoit son histoire et sa facon d'y faire face, de l'epoque medievale jusqu'au 20eme siecle. Selon lui, "la societe espagnole est occupee a l'heure actuelle avec des questions comme : pourquoi l'Espagne a ete bloquee tellement longtemps dans une periode de stagnation, dans des luttes qui ont fini dans des bains de sang et avec l'expulsion d'une partie des juifs, en tout cas ceux qui ont refuse de se convertir". Il temoigne que le sujet des juifs a "toujours ete la d'une facon ou d'une autre" dans le discours public en Espagne : "la question de la presence, de l'influence juive et du vide laisse apres eux, le sujet des juifs et de leur depart revient regulierement, par exemple, quand il y a une premiere visite d'une importante personnalite espagnole en Israel ou quand le roi d'Espagne se rend dans une synagogue.

 

"Le gouvernement espagnol voit aujourd'hui la culture juive comme faisant partie integrante de la culture espagnole, et c'est ainsi qu'est nee cette nouvelle loi, qui est une sorte de reparation", a declare le professeur Tamar Alexander, qui dirige le centre Gaon de la culture ladino a l'universite Ben Gourion. L'annee derniere elle a recu une medaille du roi d'Espagne pour ses recherches sur la culture juive espagnole. "Cela montre l'interet porte par le gouvernement espagnol et le roi pour les juifs et les israeliens d'aujourd'hui", a-t-elle decalre en rappelant que les rapports diplomatiques entre l'Espagne et Israel n'ont debute qu'en 1986. Depuis, selon elle, un vent nouveau souffle d'Espagne et un tournant a ete pris dans ses rapports avec Israel et les juifs".

 

פסל הרמב

Statue du RAMBAM (Maimonide) a Cordoba, en Espagne

 

Une des expressions de cet etat de fait est la creation de "La maison Espagne-Israel" a Madrid. Quand elle a ete inauguree en 2007, le ministre espagnol des affaires etrangeres a declare que son ouverture est "le reglement d'une dette vieille de plusieurs centaines d'anneees envers les juifs d'Espagne" et que "nous avancons dans cette histoire, nous faisons face au passe afin d'avancer dans l'avenir". En 2010 le centre a organise, a cote de l'ambassade d'Espagne en Israel, une exposition appeleee "Visa pour la liberte - les diplomates espagnols et la shoah", qui a ete presentee au musee de la diaspora et montrait les actions entreprisent par des diplomates espagnols pour sauver des juifs pendant la periode de la shoah. Ces diplomates ont proteste aupres de leur gouvernement contre la persecution faite aux juifs, ils ont deploye beaucoup d'efforts aupres des autorites allemandes et dans les pays occupes pour aider les victimes des combats, et ils ont sauve les consuls espagnols qui ont oeuvre pour proteger les juifs.

 

Tamara Alexander, dont la famille a fait son Alyah en Israel en venant de Bulgarie et du Maroc, voit dans cette nouvelle loi une opportunite de "retourner au sein de nos origines et de notre pays d'origine". Dans ses recherches et dans sa vie elle ressent "de l'attirance et de la nostalgie pour cette periode de splendeur de l'Espagne - le developpement exceptionnel, les grands poetes, les philosophes et ceux qui avaient des positions officiels et le respect". La liste est longue et respectable : entre autre, Don Yehuda Abravanel et Don Yossef Nassi. Cet amour pour l'Espagne Alexander l'a aussi recu a la maison : "malgre qu'il se soit passe plus de 500 ans, ma mere et ma grand-mere disaient toujours qu'on etaient un groupe d'elite".

 

D'un autre cote, l'expulsion d'Espagne est aussi un "traumatisme collectif inoubliable" et accompagne de beaucoup de douleur, qui s'exprime dans les histoires, les chansons et les expressions. Dans son livre "Les actes d'amour et demi - l'histoire populaire des juifs d'Espagne", Alexander cite la chanson "Espagne eternel" de Matilda Cohen-Sarano qui debute ainsi : "Espagne, pays de mes peres, Espagne, pays de mes douleurs, Espagne, pays de mes amours, tu es dans mon coeur pour toujours". "Pays des ancetres, l'Espagne est le pays aime et perdu, de la nostalge et des reves", ecrit Alexander dans son livre, mais pour elle c'est aussi le pays de l'inquisition : "les flammes par lesquels les marranes ont ete brules ne se sont pas effacees de la memoire".

 

Au-dela de la nostalgie et de l'envie d'avoir un passeport europeen, il faut se rappeler que l'Espagne fait face ces dernieres annees a de nombreux problemes : un chomage de 26%, un chomage des jeunes superieur a 50%, et une fuite importante de la jeune generation pour d'autres pays developpes. En 2012, par exemple, 477000 personnes ont quitte le pays : 1% de la population. En Israel il y a aussi un homme qui s'interroge sur la logique qu'il y a derriere le geste actuel, un homme qui se trouve en rapport avec les deux pays a declare hier : "il faut etre mefiant vis a vis de cette histoire, et se demander pourquoi ils ont besoin de nous, de quoi au juste ils ont la nostalgie ? Est-ce qu'ils veulent le 'cerveau juif' pour augmenter leur population de plusieurs milliers de personnes ? Cela leur permettrait de recevoir de l'aide du marche europeen".

 

Traduit de l'hebreu par David Goldstein pour Haabir-haisraeli.

Tag(s) : #Israel

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