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Mouammar Kadhafi à Tripoli le 8 septembre 2010 (Ismail Zitouny/Reuters).

 

 

Les révolutions arabes, la chute consécutive de deux dictateurs et la mise à mal de plusieurs autres, ont placé ces figures despotiques à la une des médias.

 

Tito dans les années 40 (Wikimédia Commons).

 

Si l'extravagance d'un Mouammar Kadhafi fait partie intégrante de sa légende, peu de dictateurs sont identifiables à leurs tenues vestimentaires. Pourtant, dans des régimes où l'image est utilisée à son paroxysme, le vêtement, détail anodin, a toujours fait partie d'un instrument d'identification et de propagande.

L'itinéraire vestimentaire autocratique est bien souvent un schéma répétitif. Lors de sa prise de pouvoir, le futur dictateur met en avant son statut militaire, l'uniforme étant bien souvent sa première « carte de visite », comme l'explique François Kersaudy, historien, spécialiste des relations diplomatiques et de l'histoire militaire contemporaine :

  

Staline en 1945 (FDR Library/Wikimedia Commons/CC).

 

 « L'uniforme est synonyme d'armes et de pouvoir, il incite au respect et à la discipline. Il incarne également la solennité de l'heure, le souvenir de la guerre et le passé victorieux. Beaucoup d'uniformes de dictateurs sont pourtant fantaisistes, ils ne correspondent à rien. Tito par exemple n'a jamais été maréchal, Staline non plus.

 

Hitler ou Staline refusaient habilement toutes décorations, souhaitant accentuer le contraste avec leurs maréchaux décorés comme des vitrines. »

 

Hitler en Finlande en juin 1942 (Wikimedia Commons/CC).

 

Certains se façonnent un uniforme, à l'image d'Adolf Hitler, caporal dans l'armée allemande, qui devint chef des armées à sa prise de pouvoir en 1934.

Il porta alors une version retravaillée de l'uniforme de son parti, avec ce qu'Eva Braun nommait une « casquette de postier » faite spécialement pour lui.

Jean-Bedel Bokassa, despote de Centrafrique, capitaine dans l'armée française et chef d'état-major des forces centrafricaines, se fit quant à lui couronner empereur en 1977 dans une réplique exacte de l'uniforme du maréchal Ney. La cérémonie englouti un quart du budget de son pays.

D'autres dirigeants cultivent l'idée de proximité avec leur peuple, comme le révolutionnaire Fidel Castro, qui apparaît depuis près de soixante ans dans le même treillis vert de guérillero, avec lequel il est arrivé à Cuba en 1956.

Son frère, Raul Castro, lieutenant des forces révolutionnaires, se présente également en treillis depuis son accession au pouvoir en 2008.

 

Kim Jong-Il lors d'une visite dans une entreprise à Pyongyang, en décembre 2010 (Kcna/Reuters).

 

En Asie, le despote nord-coréen Kim Jong-Il ne paraît jamais sans son austère uniforme beige au milieu de son armée vêtue d'uniformes semblables à ceux de l'Armée rouge de Staline. Seules extravagances du « Soleil de la nation », une toque en fourrure de loutre et de larges lunettes noires.

Une fois son pouvoir mis en place, le despote veille régulièrement sur le nationalisme de son pays et son pouvoir souverain. Certains interdisent le port du costume à l'occidentale et imposent un costume traditionnel.

 

Mobutu Sese Seko en août 1983 à Washington (Frank Hall/Wikimedia Commons/CC).

 

A l'exemple de Mobutu Sese Seko, le Président du Zaïre (Aujourd'hui la République démocratique du Congo), qui impose en 1971 l'abacost, abréviation de « A bas le costume », un veston d'homme au col retravaillé pour « assoir l'identité africaine ».

 

Mais comme le rappelle François Kersaudy, le passé de ces dirigeants est parfois marqué par cet Occident décrié :

« Bokassa et Mobutu sont issus de l'armée française, la devise de Bokassa était même : “Nom de Dieu, vive la Coloniale.”

 

Une fois au pouvoir dans leurs pays respectifs, ils ont voulu faire prévaloir la souveraineté nationale. Bokassa continuait de scander sa devise, mais moins fort et loin des micros.' »

 

Pour protester contre ces interdictions, des jeunes du Congo-Brazzaville voisin lancèrent la Société des ambianceurs et personnes élégantes (Sape), un mélange de costumes traditionnels anglais et de couleurs vives.

Le fameux dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, revisite depuis des années les tenues traditionnelles de son pays (photo en haut d'article). Couleurs criardes, cape, toque de fourrure, le « Guide » » est aussi connu pour ses extravagances vestimentaires que pour ses exigences farfelues, sa garde rapprochée constituée d'amazones et sa tente de bédouin. L'ostentatoire est devenu une facette intégrante de son personnage, et fait de lui une figure médiatique immédiatement identifiable.

 

Mao, Salazar, Ahmadinejad ou l'austérité vestimentaire

 

Mao Zedong en 1926 (Wikimedia Commons/CC).

 

En opposition, il existe également des dictateurs identifiables à leur austérité, en accord avec leur fort endoctrinement, qu'il soit religieux ou politique.

Mao ne quittait jamais sa blouse grise, qu'il n'avait, selon la légende, qu'en trois exemplaires. Elle fut aussitôt adoptée par le peuple sous le nom de « costume Mao ».

Lors de la Révolution culturelle, le Grand Timonier rendit obligatoire le port du célèbre « costume du peuple », bleu à col dit Mao [en fait col Sun Yat-sen, le fondateur de la République en 1912, ndlr].

 

Antonio de Oliveira Salazar (Wikimedia Commons/CC).

 

Au Portugal, Salazar apparaissait, dans un pays lourdement catholique, en costume complet noir et rigide.

Aujourd'hui, le dirigeant iranien Mahmoud Ahmadinejad (photo en bas de page), noyé au milieu des ayatollahs, ne paraît dans son pays qu'en costume noir à minuscules boutons et en costume gris et chemise blanche lors de ses visites extérieures.

Si les despotes choisissent d'adapter leurs tenues vestimentaires en fonction de leur pays ou du régime qu'ils imposent, tous ne rechignent pas à afficher quelques extravagances : fourrures, bijoux, larges lunettes noires… ou costumes customisés à leur nom, comme l'Egyptien Moubarak.

Leur image, premier élément de propagande, ressemble parfois à s'y méprendre à celles des stars hollywoodiennes, comme si tous incarnaient des personnages fantasques et tyranniques le temps d'une longue séance de cinéma.

 

Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran le 6 mars 2011 (Morteza Nikoubazl/Reuters).

 

 

Photos : Mouammar Kadhafi à Tripoli le 8 septembre 2010 (Ismail Zitouny/Reuters) ; Tito dans les années 40 (Wikimédia Commons/CC) ; Staline en 1945 (FDR Library/Wikimedia Commons/CC) ; Hitler en Finlande et juin 1942 (Wikimedia Commons/CC) ; Kim Jong-Il lors d'une visite dans une entreprise à Pyongyang, en décembre 2010 (Kcna/Reuters) ; Mobutu Sese Seko en août 1983 à Washington (Frank Hall/Wikimedia Commons/CC) ; Mao Zedong en 1926 (Wikimedia Commons/CC) ; Antonio de Oliveira Salazar (Wikimedia Commons/CC) ; Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran le 6 mars 2011 (Morteza Nikoubazl/Reuters).

 

http://www.rue89.com/2011/04/16/kadhafi-hitler-ahmadinejad-staline-la-dictature-de-la-mode-198514

Tag(s) : #Culture
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