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Les allemands qui ont immigre en Israel ou qui se sont convertis au judaisme sont au centre du film documentaire "Les descendants des nazis - L'heritage infernal". Le realisateur, Michael Grynszpan, raconte pourquoi il a decide de les confronter avec leur passe.

 

במאי הסרט, מיכאל גרינשפן

Michael Grynszpan

 

"Les descendants des nazis - L'heritage infernal", est le film de Michael Grynszpan et Marie-Pierre Raimbault. Il parle des allemands, enfants de nazis connus et d'autres, qui ont choisi de vivre en Israel ou de devenir juifs. Cette minorite de convertis venus d'Allemagne, explique Michael Grynszpan, un juif francais qui vit en Israel depuis 19 ans, a deja ete surnomme "converti-mania". Meme si c'est un phenomene marginal, selon lui, il est plus important que pour les autres pays d'Europe.

 

Il a decide de realiser ce film (a ne pas confondre avec le film "Les enfants d'Hitler" de Hanoch Zeevi, qui a ete produit la meme annee, 2011) suite a un article qu'il a lu dans un journal. "Je ne me souviens meme pas ou j'ai lu ca, mais ca parlait de rumeurs qui disaient qu'il y avait de la famille d'Hitler qui vivait en Israel", raconte-t-il lors d'une interview donnee dans un cafe de Tel Aviv. "J'ai enquete et il s'est avere que ce n'etait pas vrai. Il y a effectivement un homme qui est professeur de judaisme a l'universite de Tel Aviv, dont la grand-mere etait mariee en deuxieme mariage a un neveu d'Hitler, quelque chose de tres eloigne, sans lien de sang. Il n'a pas voulu etre interviewe car par le passe, on a exagere ses liens de parente. Lors de mon enquete, j'ai decouvert qu'il y avait beaucoup d'allemands convertis ou qui sont des descendants de convertis, et dont certains d'entre eux sont des descendants de nazis. Ils ont ete peu a accepter d'etre interviewes".

 

L'un d'entre eux est Mattias Goring, dont le frere de son grand-pere etait Hermann Goring, le deuxieme homme fort de l'Allemagne nazie. Il ne s'est pas encore converti, mais s'est beaucoup rapproche du judaisme : il mange casher, prie, lit la Torah et vit en dehors de l'Allemagne. La fille d'Himmler est mariee a un juif. Grynszpan est meme arrive jusqu'a Magda Goebbels, la femme du ministre de la propagande nazie et clairement antisemite elle-meme. Sa petite-fille, descendante d'un mariage precedent de Magda Goebbels, vit en tant que juive en Suisse. Elle a accepte de se faire interviewer avant de finalement se retracter.

 

Le reste des interviews dans le film sont celles des descendants d'allemands qui ont un passe notoire de nazis mais moins connus. Ils vivent en Israel ou se sont convertis. "J'ai interviewe peut-etre 30 personnes", raconte Grynszpan, "et aucun d'entre-eux n'a lie sa conversion a la shoah. Chacun d'entre-eux a donne sa raison, il y en a meme qui ont declare avoir fait ca par amour". Par exemple, Orna Porat (qui n'apparait pas dans le film) : "elle faisait partie du mouvement des jeunesses hitleriennes, la Hitlerjugend, et elle s'est convertie. D'autres ont parle de raisons spirituelles pour expliquer leur conversion".

 

מתוך הסרט

 

Mattias Goring raconte que son rapprochement au judaisme n'est pas lie au passe nazi. "En tant que fils d'une famille nazie, ce n'est pas mon role d'etre comme ca, de condamner ca, je dois precher la tolerance", cite le realisateur de ce que Goring lui a dit. "Mais mon rapprochement au judaisme c'est autre chose. C'est arrive apres que j'aie etudie les religions, j'ai etudie le christianisme et je n'ai pas compris pourquoi il n'y a aucun rappel du judaisme dans le christianisme", explique-t-il.

 

"Les descendants des nazis" a ete produit pour les chaines francaises France 2 et France 3, par la societe de production des createurs de 'La marche de l'Empereur' qui a gagne un Oscar. "Il a ete reclame par toutes les chaines, apparemment a cause du sujet sensationnel", declare Grynszpan. "Il y a eu un investissement exceptionnel dans ce film, d'environ un million de dollars. J'ai amene l'idee et les interviewes, et mes partenaires le financement. Mais ca a ete un voyage difficile".

 

Grynszpan a rencontre pour le film des allemands qui ont immigre en Israel, se sont convertis ou leurs enfants l'ont fait, il parle avec eux de leur heritage familial. A travers ces histoires personnelles, il essaie de poser des questions generales sur comment ils font face, en tant qu'enfants de deuxieme et troisieme generation, a cet heritage infernal. "J'ai appris de cette aventure que contrairement a ce qu'il est coutume de penser de l'Allemagne, qui a fait un bon travail de memoire, ce travail n'est qu'exterieur. Au Parlement, dans les etablissements d'enseignement, la chanceliere Angela Merkel declare qu'elle a honte de cette periode, mais au niveau personnel rien n'a ete fait. J'ai ete tres etonnes de ca. En fait dans chaque famille, il y a eu des nazis, et certains d'entre eux etaient meme des assassins, et ils ne parlent pas de ca. Si mon grand-pere avait ete un tueur en serie, j'aurais voulu en savoir plus sur ca. Il est impossible de vivre une vie normale avec des tels soupcons".

 

Dans le film il y a un psychologue qui explique que le deni est la pire des choses, meme dans le cas d'un traumatisme moins important. Il n'y a rien de plus bruyant que le silence. L'historien allemand que j'ai rencontre m'a dit que si l'on interroge les allemands d'aujourd'hui sur la periode nazie, 90% d'entre eux diront que c'est terrible, et ils parleront de 'ces assassins-la' avec aversion. Mais si on les interroge sur leur famille, ils diront toujours 'non, chez nous ils etaient partisans, ils n'ont pas participe a la shoah'. C'est-a-dire qu'il y a une grande difference entre la perception collective et la perception personnelle. Et ce n'est pas qu'ils n'ont pas les moyens de savoir, ils peuvent ouvrir les archives, tout est inscrit la-bas, les nazis etaient tres organises, mais il y en a peu qui font cela".

 

A la fin du film, par exemple, il y a deux jeunes allemands, des gens tres moraux, ils sont venus en Israel pour travailler avec des rescapes de la shoah, mais quand on leur demande ce que leurs grands-parents ont fait, ils ne sont pas prets a parler de ca. La negation au niveau personnel c'est ca. Il y a aussi un tendance extreme inverse qui est rappelee dans mon film : il y a encore 15% d'antisemitisme. Une autre fille d'Himmler a cree une association de soutien aux familles de nazis. Il est impossible d'interdire cela parce qu'il ne s'agit que d'argent donne aux familles, pas aux nazis d'aujourd'hui".

 

"Je parle dans le film d'un phenomene tres minime, quelques centaines de personnes, mais ca suffit pour etre interessant et faire un film. Ainsi, la rencontre avec la fille de Yoham Sam, qui lui aussi pretend ne pas etre venu en Israel a cause d'une responsabilite collective mais a cause d'un sentiment d'appartenance avec son grand-pere nazi. Parmi les trois filles de Sam, il y en a une qui est tres liee a l'Allemagne et la langue allemande, mais aussi a son grand-pere".

 

 

 

"Ils n'ont jamais ete confrontes a leur passe. Ils ont dit 'il est comme ca'. Mais dans le film, nous nous sommes deplaces pour filmer la rencontre entre la fille de Yoham et son grand-pere. Le premier jour que nous les avons accompagne, tout etait calme et sympathique. La petite fille a parle avec lui de ceci et de cela, je me suis dis a moi-meme que je n'etais pas venu jusqu'en Allemagne pour voir une petite fille parler de la meteo avec son grand-pere nazi. Je lui ai dit 'ecoutes Raheli, tu dois lui poser les questions difficiles. Je lui ai demande de clarifier ce qu'il a fait pendant la shoah, ce qu'il pense de ca aujourd'hui, est-ce qu'il eprouve des regrets. Ses reponses dans le film sont inquietantes : 'sont coupables ceux qui se sentent coupables'. Elle a pleure apres, elle s'attendait a ce qu'il exprime des remords, elle a vu en fait, qu'il eludait habilement le sujet. Il est age de 97 ans et il etait evident qu'il maitrisait completement ce qu'il lui disait. En tant que realisateur, je ne dois que documenter la realite et non pas m'en meler, mais je l'ai fait. La question principale de ce film est : pourquoi ils se sont convertis ? Mais il n'y a pas vraiment de reponse. Je ne voulais pas d'un film simplet, il y a suffisamment de titres a sensations. Dans la version d'une heure et demi du film, il y a suffisamment de temps pour sortir des slogans. J'ai interviewe des intellectuels, un philosophe, un psychologue specialiste en post-traumatismes. Le dernier, par exemple, m'a dit que le peuple allemand est en danger parce qu'ils ne parlent pas de leur passe en famille".

 

Le film se termine dans une maison de retraite de Jerusalem. "Il y a la-bas, beaucoup de rescapes de la shoah", raconte Grynszpan. "C'est un endroit ou il y a des gens qui parlent allemand et il y a un jeune benevole allemand age de 19 ans dont le grand-pere etait apparemment un nazi. Une des femmes interrogees declare qu'elle a pardonne. C'est son avis personnel. J'ai appele Serge Klarsfeld, le chasseur de nazis, et il m'a dit que c'est son droit de penser ce qu'elle veut : 'elle parle en son nom, elle ne parle pas au nom du peuple juif'".

 

Traduit de l'hebreu par David Goldstein pour Haabir-haisraeli.

Tag(s) : #Opinion

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