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Samuel Langhorne Clemens, qui sera plus connu sous son nom d'auteur Mark Twain, etait un jeune reporter age de 31 ans quand il a pris part au premier voyage organise de civils americains dans un bateau a vapeur. L'editeur du journal 'Alta California' de San francisco est celui qui a finance les frais de voyage de Mark Twain, pour une somme de 1250 dollars, en compensation de l'envoi de ses impressions sur le voyage. Le bateau "Quicker City' prit le large a partir de New York en juin 1867, il traversa l'ocean Atlantique et realisa une longue croisiere en mer Mediterranee, avec des arrets en France, en Angleterre, en Italie, dans les iles grecques, en Turquie et en Terre Sainte.

 

 

Les 52 lettres de Mark Twain qui furent publiees dans le journal recurent de nombreuses reactions d'encouragement des lecteurs, a tel point qu'il fut decide d'en faire un livre. En 1868, sortit le livre que Mark Twain decida de nommer 'The innocents abroad or the new pilgrim's progress'. Aux environs du 19eme siecle, Eretz Israel devint un objectif de voyage populaire pour les touristes des Etats-Unis. Les bateaux a vapeur qui remplacerent les bateaux a voiles raccourcirent la duree du voyage et rendirent cette destination plus accessible, et la traversee devint plus sure etant donne que les voyageurs ne dependaient plus des bontes du vent et des voiles. Au fur et a mesure que le mouvement touristique augmenta, dans les annees 70 et 80 du 19eme siecle, des bateaux de voyageurs commencerent a prendre le large de facon journaliere a partir de Philadelphie, New York et Boston. Les moyens financiers et le temps libre des classes moyennes augmenterent et permirent de realiser ces grands voyages, qui devinrent meme un symbole de statut social. Nombre des personnes qui faisaient ces voyages avaient pour habitude d'ecrire leurs impressions. A l'epoque ou il n'y avait pas encore de cameras et d'appareils photos, l'ecriture et le dessin etaient les moyens populaires de se souvenir. Mais les ecrits de Mark Twain sur la Terre Sainte furent totalement differents de ce qui avait ete fait auparavant, parce que qu'il a calomnie, ridiculise et raille presque tout ce qu'il a vu. Pourquoi Mark Twain a fait cela, et quel est le niveau de verite de ses descriptions ?

 

 

La description diffamatoire que Mark Twain fit d'Eretz Israel comprenait un fond de raillerie et d'admiration tant qu'il fut dans la partie europeenne de son voyage, mais quand il arriva dans la partie non europeenne de la mer Mediterranee, le ton de ses ecrits changea de facon importante. L'ironie se changea en cynisme, et l'ambivalence en hostilite ouverte. Mark Twain prit soin, dans l'un des paragraphes les plus connus de son livre, de decreter que les cotes d'Israel sont les plus moches en comparaison des autres endroits ou il s'est rendu : "il me semble que de tous les pays ayant un sombre paysage, Eretz Israel detient la palme. Les collines sont chauves, les couleurs sont fanees, et ses formes sont loin d'attirer l'attention. Les vallees sont desertiques, moches et decorees d'une nature pauvre dont la vue inspire tristesse et desespoir... Chaque ligne est vulgaire, coupante et sans perspective, les distances ici n'inspirent aucune magie. C'est un pays morne, sans espoir, un pays qui brise le coeur". A un autre endroit, il ecrit la meme chose mais avec d'autres mots : "nous ne purent nous arreter meme apres une randonnee de plus de deux ou trois heures de notre camp, meme si la riviere coulait a cote de nous. Alors nous avons continue une heure de plus. Meme si nous avons trouve de l'eau, dans tout le morne espace autour de nous, il n'y avait pas un seul coin d'ombre, et nous avons beaucoup souffert sous le soleil brulant. 'Comme l'ombre d'un gros rocher dans un pays fatigue' (כצל סלע כבד בארץ עייפה), il n'y a pas d'expression plus belle que cela dans le Tanakh, et il ne fait aucun doute que de tous les endroits ou nous nous sommes rendus, il n'y en a aucun capable de lui donner autant de sens et de mieux toucher le coeur de cette expression que cette terre aride, seche et sterile".

 

 

Avraham Levinson, qui est a l'origine de la traduction de la description de ce voyage en Terre Sainte, uniquement en hebreu, a ajoute a sa preface ou il fait face aux descriptions des paysages miserables de l'Eretz Israel du 19eme siecle : "cela ne peut pas ne pas faire mal au coeur, faire mal et renvoyer l'auteur aux expressions injurieuses auxquelles il se sert pour parler d'Eretz Israel : une terre desolee et laide, une terre sombre et sans sourire - et cette terre est la tienne et ces choses sont vraies... Le sionisme agressif a vaincu la desolation et la laideur, a supprime la morosite et a amene le sourire". Le but de cette preface est de dire qu'a notre epoque, plus de 100 ans apres le voyage de Mark Twain, Israel a completement change. Il est interessant de constater que les chercheurs israeliens sont nombreux a choisir une de ces descriptions-la pour decrire la rencontre des premiers pionniers avec les paysages d'Israel. Il faut se souvenir que la description de Mark Twain a ete faite en 1867, avant meme le mouvement de retour des sionistes en Eretz. Il semblerait que ces descriptions dures leur servirent de toile de fond, pour montrer que toutes les activites juives en Israel ont servi a ameliorer les paysage d'Israel ou a "ramener le pays a son ancienne gloire".

 

 

Il ne fait aucun doute qu'a cette epoque, Eretz Israel n'etait pas developpee, que de nombreuses parties de ses paysages etaient vides de vie, que les conditions sanitaires etaient mauvaises et que de nombreuses terres a priori fertiles etaient semees mais pas labourees. Malgre tout, Mark Twain n'a pas visite Israel de long en large mais s'est joint a un voyage chretien organise, qui s'est concentre sur les lieux saints pour les chretiens : Nazareth, le lac de Tiberiade, Jerusalem et Beit Lehem. Le Sharon, Shfala et les cotes n'ont pas ete visitees par Mark Twain. Ainsi, sa description de la Galilee et de la vallee de la mer morte sont totalement identiques, et il n'y a aucune differences pour certains paysages. Il faut se rappeler que Mark Twain a visite Israel en plein ete, alors que les paysages de son pays d'origine sont les bords de la riviere du Mississippi, qui eux sont toujours verts. Pour dire la verite, afin de comprendre la description diffamatoire de Mark Twain, il faut non pas l'etudier dans une perspective sioniste mais dans une perspective de culture americaine d'ou Mark Twain est originaire.

 

L'ecriture humoristique de Mark Twain

 

La description que fait Mark Twain de la Terre Sainte est completement contraire a l'image qu'en donne la litterature Tanakhique et chretienne, sur la base de laquelle sont eduques les americains. Les missionnaires protestants et les aventuriers mystiques ont ete les premiers americains a venir se promener en Terre Sainte au cours de la premiere moitie du 19eme siecle. La majorite de ces pelerins sont venus pour suivre les traces de Jesus, et ils ont ete tellement touches quand ils ont vu pour la premiere fois les lieux saints, qu'ils n'ont pas porte attention a l'etat de desolation d'Eretz Israel. Meme quand une partie de ces pelerins decrivirent la region, ils prirent soin de relever le contraste magnifique de la Terre Sainte, qui pourrait ressusciter si seulement les habitants de la region etaient chretiens. C'est en prenant en compte ces elements que l'on peut comprendre que l'objectif principal de Mark Twain, dans sa description diffamatoire du paysage depressif de la region, est avant tout d'attaquer sur le ton de l'humour les descriptions faites dans les guides de voyage dessines par les touristes americains.

 

 

Dans le genre des histoires de voyage, le chercheur et ecrivain Yaakov Shavit distingue deux types d'ecritures : "le voyageur banal' et 'le voyageur different". Le voyageur banal est le touriste moyen de cette epoque qui souhaite mettre par ecrit ce qu'il a vecu. Le voyageur different, c'est le voyageur qui souhaite etre original, special et different de ceux qui l'ont precede, et leurs histoires. Parfois, il ecrit meme en combattant la litterature qui existe deja. Afin de faire de son livre quelque chose de special et qui attirera les lecteurs, il fait usage de supercheries litteraires en se servant de stereotypes, du ridicule, de la vulgarisation, de l'exageration et de la parodie. Le journaliste Mark Twain a pretendu decrire la "realite nue" comme il l'a vue de ses yeux, contrairement a ceux qui ont ecrit avant lui, et cette vision critique lui permet d'etre differnt de ses amis voyageurs : "je peux deviner mot pour mot ce que nos chers pelerins diront quand ils verront le Mont Tabor, Nazareth, Jericho et Jerusalem - parce qu'ils sont formates par les livres d'ou ils tirent leurs opinions. Ces auteurs donnent des images et des ecrits de louanges, et les petites gens les suivent, voient par les yeux de l'ecrivain a la place des leurs et ils parlent la langue de ce qu'ils lisent plutot que la leur". Mark Twain a ecrit son livre dans un style d'humour cynique, sarcastique et meme parfois vulgaire. Une des phrases connues de Mark Twain est celle-ci : "il n'y a rien de plus sacre qu'une blague".

 

 

La premiere edition du livre de Mark Twain fut tiree a 70000 exemplaires et fut vendue en moins d'un an, et il y eut bien d'autres editions au cours du 19eme et 20eme siecle. Ce livre fut vendu a bien plus d'exemplaires que n'importe quel livre de voyage ecrit par un americain avant lui, et meme de nos jours, il est le livre de voyage americain le plus populaire. Ce n'est qu'apres son retour de Terre Sainte que Mark Twain ecrivit les livres grace auxquels il fut reconnu comme etant un des plus grands ecrivains americains : 'Les aventres de Tom Sawyer' et 'Les aventures d'Huckleberry Finn'. 'The innocents abroad or the new pilgrim's progress' a ete partiellement traduit en hebreu en 1972, et sa version condensee s'appelle 'Tres plaisant voyage en Terre Sainte' (מסע תענוגות לארץ הקודש) - selection choisie des propos de Mark Twain sur place. En 1999, sortit la deuxieme version en hebreu avec la meme traduction, dans une edition enrichie de photographies, avec une introduction et un sommaire. En 2009, ce livre fut reedite, cette fois avec une nouvelle traduction. qu'est-ce qui a fait que ce livre est si populaire ?

 

Le secret de la popularite du livre de Mark Twain

 

Apparemment, il est difficile de comprendre comment un livre ait eu tellement de succes, surtout apres que les lecteurs aient compris que Mark Twain a lance ses fleches humoristiques contre les ecritures saintes et les textes religieux chretiens. Mais Mark Twain a su marcher sur le fil fin entre la foi et l'heresie, et a reussi a eviter l'ostracisme religieux. La reussite de ce livre vient apparemment du fait qu'il a confirme la vision nationale que de nombreux americains avaient a la fin du 19eme siecle. Mark Twain a presente le bassin mediterraneen, dont la Terre Sainte fait partie, comme le berceau de la civilisation, mais tout aussi important comme la degradation et la fin de la civilisation. Cette representation a renforce la foi patriotique americaine selon laquelle l'Amerique est bien le nouveau monde, la pionniere qui remplacera le vieux monde, agonisant et en decomposition. Malgre tout, la reussite de ce livre ne vient pas seulement du renforcement du sentiment patriotique americain; mais aussi de son style humoristique qui convenait bien a un nouveau tourisme. Il y avait ceux de la classe moyenne plutot elevee qui ont prospere apres avoir survecu au creuset de la guerre civile, et ils sont partis en voyage avec un sentiment de curiosite et de superiorite, et non pas pour renforcer des sentiments religieux. Ce type de tourisme s'est developpe comme une vraie epidemie pour les trois generations qui suivirent la sortie de ce livre, et ces touristes le prirent comme une sorte de nouveau guide touristique.

 

 

C'est ainsi qu'il a presente, avec son humour si particulier, comment ils etaient fiers de leur pays d'origine : "nous avons toujours pris soin de preciser que nous etions americains - americains ! Quand il s'est avere que d'autres etrangers pensaient qu'il s'agissait d'une province perdue quelque part et ayant ete en guerre dernierement avec quelqu'un, nous avons eu de la peine pour le vieux monde, mais nous n'avons pas considere que cela avait de l'importance pour nous... Les gens nous ont devisages et nous les avons devisages, a la fin nous avons reussi a leur donner l'impression qu'ils etaient sans importance, nuls. Avant que nous en ayons fini avec eux, nous leur avons demontre la puissance de l'Amerique et ils en furent convaincus". Neanmoins, Mark Twain pris soin de faire un clin d'oeil a ces recits et de montrer de quoi ils avaient l'air pour la population locale : "nous nous sommes promenes a travers la Terre Sainte, de Banias a Jerusalem et jusqu'a la Mer Morte, une etrange procession de promeneurs avec la tete lourde, habilles de vetements colores et portant des lunettes de soleil, se reposant a l'abri de parasols bleus, chevauchant des troupeaux de chevaux, de chameaux et d'anes".

 

 

Mark Twain, comme ses predecesseurs, fit la comparaison entre les histoires avec lesquelles il a grandi et la decevante realite qu'il trouva, mais la tension chez lui n'est pas entre le passe et le present de la Terre Sainte, mais entre la Terre Sainte et les Etats-Unis. Mark Twain mis en avant la petite taille de la terre d'Israel et de ses sites en les comparant avec les Etats-Unis, et il reduisit par ce moyen, l'appreciation des lecteurs americains : "ce pays doit faire entre 40 et 60 miles. L'Etat du Missouri pourrait faire trois Etats d'Israel, et encore, il resterait encore du terrain pour un quatrieme Etat". Il compara aussi la beaute de la nature et de ses couleurs avec un paysage des Etats-Unis qui a l'air mieux : "la mer de Galilee est plus petite que le lac Tahoe, et parvient avec peine au deux tiers de sa taille, et pour ce qui concerne la beaute, la comparaison entre cette mer et le lac Tahoe reviendrait a tenter de representer une ligne droite pour atteindre un arc-en-ciel. Ses eaux troubles ne ressemblent en rien a la splendeur des eaux du Tahoe. Ses collines basses chauves et jaunes faites de rochers et de sables, ne sont en rien comparables aux sommets entourant, comme un rempart, le lac de Tahoe".

 

 

Le livre de Mark Twain devint pour les nouveaux touristes americains un guide informel de la Terre Sainte, au meme titre que la Bible. Un bon exemple de cela est la partie satirique de ses pleurs exageres sur la tombe du premier homme (qui se trouve dans l'eglise du Saint-Sepulcre) et qui devint un des passages les plus connus de son livre : "la tombe du premier homme ! Comme c'est touchant, et justement ici, dans un pays etranger, loin de ma maison et de tous mes amis qui s'inquietent pour moi, d'y decouvrir la tombe de mon ancetre. La verite proche et lointaine, et malgre tout toute proche. L'instinct naturel, qui n'est pas infaillible, vibre de pulsations qui en temoignent. Une fontaine de larmes d'un fils devoue a son pere jaillit du plus profond de mon etre, et je donnais libre cours a cette tempete d'emotions. Je m'appuyais sur un poteau et fondit en larmes. Je ne vois pas de honte a pleurer sur la tombe d'un de mes malheureux proche decede... Je m'effondrais sous le poids du chagrin et de la deception, cet homme etait mort avant ma naissance, six mille petits printemps avant ma naissance". Bien que ce passage soit de toute evidence satirique, Mark Twain se plaignit du nombre important de lecteur qui crurent vraiment a ses pleurs. Apres la sortie du livre, d'innombrables touristes americains se rendirent sur la tombe du premier homme, mais le but de ces visites n'etait plus de visiter ce lieu saint mais de voir l'endroit ou Mark Twain avait soit-disant pleure. Dans ce cas-la, Mark Twain devint une source d'autorite qui transforma un lieu saint en une attraction touristique moderne.

 

 

Les touristes americains voyaient la Terre Sainte d'un point de vue de consommateurs, et en tant que tels, ils etaient impatients de ramener chez eux le plus possible de souvenirs. Ils revenaient de leur voyage en Terre Sainte avec des bouteilles d'eau du Jourdain et de la Mer Morte, avec des pierres et d'autres souvenirs des lieux saints. Mark Twain s'est moque de ce comportement et a passe a la loupe ce qui le caracterisait : "les pelerins, comme a leur habitude en matiere de saintete, pillaient frenetiquement a la recherche de souvenirs et prirent des morceaux de murs, puis nous prirent la route". A un autre endroit, il se rejouit des malheurs de ses compagnons de voyage, qui ont decide de renoncer a une attraction touristique juste a cause de son prix. Au debut, il decrit leur desir de revivre en Terre Sainte des parties de la vie de Jesus, comme par exemple la traversee du lac de Tiberiade. Mais quand ils arrivent au moment de verite ou le bateau arrive pour les embarquer, soudain le prix demande leur semble trop eleve. Au cours de la negocition du prix, le bateau les abandonne avec leurs envies : "huit creatures tombees de la falaise etaient sur la plage - voyez par vous-memes ! Et cela, tout cela, apres leur extase contagieuse ! Quelle fin, honte a eux, et tout cela apres s'etre vantes de maniere tellement abrutissante !". Dans chaque rire, il y a un peu de verite, et il semble qu'il est possible de s'identifier a ces touristes, qui de nous n'a pas un jour renoncer a une attraction touristique a l'etranger quand le prix n'en semblait pas justifie. Il semblerait que c'est justement ces passages la, qui decrivent avec un humour amical la culture touristique moderne, qui font partie de la raison de la reussite de ce livre, meme en dehors des Etats-Unis. La moquerie de Mark Twain envers ses compagnons de voyage, qui voulaient faire une croisiere sur le lac de Tiberiade, pose la question de savoir qu'elle en etait le rapport reel avec la religion chretienne et Jesus.

 

L'ambivalence de Mark Twain avec la religion chretienne

 

 

 

 

Bien que Mark Twain ait emis des doutes sur la localisation des lieux saints du christiannisme, il ne fut pas considere comme un heretique par les protestants du nouveau monde. Il faut voir son scepticisme et son rapport a la foi au travers de la description de sa visite dans l'eglise du Saint-Sepulcre, qui est le site le plus important de Jerusalem pour les chretiens de toute origine : "quand tu entres dans l'eglise du Saint-Sepulcre, tu veux voir le debut de l'enterrement, et en fait c'est presque la premiere chose que tu vois. La deuxieme chose que tu es tres impatient de voir, c'est l'endroit ou le sauveur a ete crucifie, mais cela ne t'es montre qu'a la fin. C'est la beaute de ce chef-d'oeuvre d'eglise. La tete lourde et pensif, tu es dans une petite alcove de redemption - tu ne peux etre dans un autre etat d'esprit dans un endroit pareil - mais tu ne peux croire qu'un jour notre seigneur gisait veritablement dans cet endroit minuscule, et ce doute te fait perdre tout interet pour l'endroit". Dans le meme temps, Mark Twain precise que ses doutes concernent le lieu ou Jesus a ete enterre, mais pas sur le fait qu'il ait ete crucifie a cet endroit : "le lieu de la crucifixion te montre les choses autrement. Tu crois de toute ta foi que tu observes l'endroit ou notre sauveur a lutte pour sa vie".

 

 

Il semblerait que cette ambivalence envers le christiannisme lui ait permis de ne pas etre rejete par les institutions de l'eglise, mais aussi pour le chemin vers la popularite si importante qu'a recu ce livre. Malgre tout, son rapport avec les habitants locaux ne fut pas du tout ambivalent, et il fut teinte d'humour irrespectueux, de racisme et meme de vulgarite. Cette attitude fut contraire a celle de ses compagnons de voyage qui voyaient en eux des rappels sympathiques des personnages dont parlent l'ancien et le nouveau testament. A Nazareth, par exemple, ses compagnons de voyage ont imagine voir la beaute royale de la Madone en croisant une adolescente locale, mais pour Mark Twain, toutes les adolescentes etaient laides, et dans un humour plus vulgaire il ecrit : "les paysages de la region sont graves dans l'acier, mais je ne serai plus jamais en admiration devant la photo de la reine de Saba rendant visite au roi Salomon. Je me dis a moi-meme : tu as l'air parfaite ma dame, mais tes jambes sont sales et tu pues le chameau".

 

 

Mark Twain, comme ses compagnons de voyage, n'a pas du tout fait la difference entre les enfants d'Israel de la periode du Tanakh et les arabes de son epoque qui, pour lui, leur ressemblaient. Les personnages de bergers bedouins avec leurs troupeaux et leurs longues robes ont fait vibrer le coeur de milliers de croises qui ont cherche et trouve en eux les personnages de heros de l'ancien testament. Mark Twain a commence en les decrivant comme eux : "c'etaient des bedouins, de grande taille, muscles, avec une peau tres foncee et des barbes noires comme du charbon. Ils avaient des levres tres marquees, des regards audacieux et une allure de rois". Mais la suite de cette description montre ces personnages de maniere negative et basee sur l'histoire de Yossef et de l'habit a rayure de la bible : "il me semble que je ne tromperais pas en disant que ces hommes vendraient leurs jeunes freres s'ils avaient l'occasion de le faire. Leurs dirigeants, leurs habitudes, leurs vetements, leurs commerces et leurs principes douteux ne sont pas differents de ceux de leurs ancetres". A cette occasion, Mark Twain porte atteinte aussi bien aux personnages de son epoque qu'a ceux du Tanakh. Ailleurs, son humour devient vulgaire et encore moins bon : "nous avons continue notre route et nous nous sommes arretes a cote de la source de la vierge. Mais l'eau n'etait pas bonne et nous n'avons pas pu nous reposer a cause d'un regiment d'enfants et de mendiants qui nous ont pourchasses pour avoir un peu d'argent. Notre guide nous a demande de leur en donner un peu et nous l'avons fait. Mais quand il nous a dit apres qu'ils etaient affames, nous n'avons pas pu ne pas nous sentir coupables d'un grand peche en mettant un obstacle sur leur chemin vers la realisation de leur mission. Nous avons essaye de recuperer notre argent, mais sans succes". Etonnament, les juifs ne sont pas mis en avant dans le livre de Mark Twain et il n'a quasiment rien ecrit sur les juifs de Jerusalem, bien que leur nombre y etait bien plus important que celui des arabes ou des chretiens.

 

La fin du voyage

 

 

Apres toutes les deceptions que Mark Twain a du supporter en Eretz Israel : les paysages arides, la chaleur accablante, la rencontre avec les habitants locaux et le sejour intensif avec ses compagnons de route, il ne faut pas s'etonner de savoir qu'il attendait avec impatience la fin de ce voyage. La conclusion de son voyage n'est pas marquee par un instant de grace de derniere minute, mais atteint un nouveau sommet de diffamation quand il met une fin definitive a son aventure en terre d'Israel : "titre promotionnel de ce voyage : 'Tres plaisant voyage en Terre Sainte', ce qui serait trompeur. Il vaut mieux l'appeler 'Voyage d'enterrement prestigieux de la Terre Sainte'". Cette citation qui permet de comprendre en quoi le titre choisi pour la traduction en hebreu de ce livre fut 'Tres plaisant voyage en Terre Sainte' permit aussi de faire omission de ses vraies pensees sur l'endroit. Mark Twain n'a bien entendu pas dissimule sa joie quand il est arrive sur les cotes de Yaffo et qu'il a vu le bateau qui les attendait pour les ramener chez eux : "pour la derniere fois, nous sommes descendus de nos chevaux, et non loin des cotes nous avons vu le bateau qui etait ancre en pleine mer ! J'ai mis la un point d'exclamation parce que nous etions tres emus de voir ce bateau. Ce voyage de pelerinage touchait a sa fin, et quelque part, nous en etions tres heureux". Pour dire la verite, la lecon retenue par Mark Twain grace a ce voyage est qu'il n'y a pas de meilleur endroit que sa maison en Amerique.

 

 

Traduit de l'hebreu par David Goldstein pour Haabir-haisraeli. Cet article est paru dans son integralite sur le site Tevahadvarim, et partiellement sur le site Ynet.

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