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« Hitler a déshonoré l’antisémitisme », écrivait Georges Bernanos après avoir rompu avec l’engagement maurrassien de sa jeunesse, pour s’opposer radicalement au fascisme. 

Par Guy Konopnicky

 

Capture d'écran de la page Théåtre et écriture de plateau du site de l'Université de la Rochelle


Or dans la très honorable Université de la Rochelle, des étudiants, encadrés par un honorable enseignant et par un atelier théâtre non moins honorable, ont écrit et joué une pièce dont l’objet était de décrire et de combattre la mondialisation.  Projet honorable, décidément… 

Sans doute par un fâcheux hasard, la mondialisation s’incarne en une entreprise familiale, l’entreprise Goldberg, toute puissante et sans scrupule. L’argent mondialisé, c’est naturellement le juif. Ce premier stéréotype ne suffisant pas, la multinationale Goldberg and Co décide d’investir sur l’avenir, en spéculant sur les enfants mis au monde. 

Le juif, porteur de la souillure de l’argent, pousse l’esprit de lucre jusqu’à s’emparer du symbole même de l’innocence, l’enfant à naître. La plus ancienne des superstitions antisémites trouve ici une version moderne. Car cette spéculation sur l’enfant n’est rien d’autre que la résurgence du crime rituel. 

Dans l’Allemagne du Moyen-Age et dans les tréfonds de l’Ukraine des paysans illettrés et gorgés de vodka, on imaginait le juif immolant des enfants innocents. A l’Université de la Rochelle, au XXIe siècle, ce même juif investit sur les enfants nouveau-nés, pour les endetter à vie, transformer les génération à venir en biens hypothéqués à son profit. 

Sur scène, l’entreprise Goldberg est incarnée par une mégère, laide, cupide, autoritaire et sale. Marta Goldberg domine le monde, elle vocifère, commande, calcule, insulte et condamne. Et de s’écrier : « Je suis partout chez moi ! » 

C’est connu, les juifs sont partout, s’insinuent et pourrissent le monde pour mieux le dominer. On croirait relire le Céline des pamphlets s’il y avait le moindre soupçon de talent chez les auteurs de ce texte, pour tout dire aussi affligeant par la platitude du style que par l’immonde bêtise du propos. 

Comme il ne suffisait pas de cette entreprise Goldberg et de son immonde patronne, apparaissent sur scène deux personnages grimés en juifs religieux. Dieudonné n’est pas très loin… Ces deux « rabbins », sont nommés Cohen 1 et Cohen 2, ils sont chasseurs de nazis. 

Bien sûr, on leur demande, en appelant le gros rire du public, s’il est bien raisonnable de poursuivre encore les nazis et d’être obsédés par une si vieille histoire… Mais ce n’est pas tout. Les voici accusés de vivre du « shoah bisness », terme utilisé sur tous les sites antisémites et négationnistes et amplifié jusqu’à l’obscénité par Dieudonné. 

Ces Cohen 1 et 2 poursuivent un ancien nazi, doublé d’un mauvais cuistot planqué dans un restaurant. Un personnage leur demande de cesser de harceler ce vieillard. Les Cohen  refusent… jusqu’au moment où il se voit proposer une grosse liasse de billets.

 

Effet comique garanti, quand la main du juif, corrompue par l’argent, serre celle du nazi, pardonné au comptant. C’est au moins aussi drôle qu’un calembour de Le Pen sur les fours crématoires. 

Pour une bonne liasse de billets un juif peut tout pardonner, même le nazisme. Le texte, déjà sidérant de bêtise, atteint les sommets de l’abjection antisémite.

 

Pourtant lorsqu’un enseignant alerte le président de l’Université de La Rochelle, tout le monde semble surpris de sa réaction. Les étudiants ont été aidé, pour l’écriture, par un enseignant canadien, Eric Noël et pour la mise en scène par l’Atelier théâtre de Claudie Landy, qui jusque-là, nous avait habitués à mieux. 

Ce serait du second degré ! La lecture de la pièce dément cette interprétation. Autant prétendre que l’on peut jouer « au second degré », les Protocoles des Sages de Sion ! 

L’enseignant inquiet, Michel Goldberg, maître de conférence à l’Université de la Rochelle serait donc liberticide… Ne peut-on, innocemment, plaisanter sur le juif ? 

Le pire, c’est que les étudiants sont peut-être de bonne foi. Ils ont aligné, sans les comprendre, les pires stéréotypes antisémites. Leur méconnaissance de l’histoire, leur ignorance crasse du judaïsme, réduit à des clichés insanes, témoigne surtout du désastre scolaire et universitaire. 

On comprend que le président de l’Université de La Rochelle cherche à minimiser l’incident, en affirmant que le caractère antisémite de la pièce n’était pas certain… Michel Goldberg, de son côté, n’intervient pas en censeur. Il entend alerter la communauté universitaire sur la gravité de cette dérive. L’antisémitisme s’est exprimé avec une telle évidence qu’on ne le voit même plus.

 

Source : http://m.marianne.net/Antisemitisme-sur-scene-a-La-Rochelle_a229359.html.

A lire aussi sur le sujet : http://www.sudouest.fr/2013/06/13/un-ton-qui-choque-1083496-4628.php.

Tag(s) : #Antisemitisme

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