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Je suis nee dans une famille ultra-orthodoxe. Je me suis toujours sentie differente des autres. C'etait en moi. Je suis lesbienne, oui. A l'age de 15 ans je me suis enfuie de chez moi, j'ai vecu dans la rue et je suis devenue dependante de la drogue. Je suis nee de nouveau a la "La maison de Dror".

Ecrit par Ayelet (pseudonyme)

 

צילום: זיו שדה , באדיבות עיריית תל אביב

 

La verite ? Je n'ai pas eu beaucoup de chance. Je suis nee lesbienne dans une maison ultra-orthodoxe. Ce n'est pas que ce n'est pas bien d'etre lesbienne ou de grandir dans une maison ultra-orthodoxe, c'est juste le melange des deux qui peut etre cruel dans la realite israelienne, triste et tragique, comme dans mon cas.

 

Je suis nee en Samarie, dans un lieu ultra-orthodoxe et tres strict, et j'ai grandi selon les normes d'une famille ultra-orthodoxe. Mon pere ecrit des sifrei Torah et est reconnu en tant que Rav dans la communaute. Alors que j'etais enfant j'avais l'habitude de fuir de la maison, je n'y trouvais pas ma place. Je n'etais pas a l'aise parce que j'etais differente des autres filles. Je me souviens des jours ou je cachais des journaux sous mes vetements. C'etait interdit d'avoir des journaux laics a la maison, mais ce que j'aimais le plus c'etait de lire et d'ecrire. La-bas j'avais toujours un coin au chaud.

 

Dans un des exemplaires de "Rosh ehad" je suis tombee sur un gros titre "Sortir de l'armoire". Je n'ai pas compris ce que cela voulait dire avant d'avoir lu l'article. Apres je n'ai pas arrete de pleurer. Alors c'etait ca ? Je me suis toujours sentie differentes des autres. C'etait en moi. Je suis lesbienne, oui. "Mauvaise herbe", "voyou", comme cela on me surnommait bien avant de savoir de quoi il s'agissait. Je savais que personne ne me comprendrait dans ma famille.

 

 

A 15 ans je me suis enfuie de ma maison pour habiter a Tel-Aviv. Cette fois, contrairement au fugues precedentes, j'ai decide que pour moi c'etait le bon endroit, que j'appartenais a ce monde. Mais la vie a Tel-Aviv n'a pas ete bonne avec moi. J'ai squatte dans des batiments, d'un endroit a l'autre, je me suis meme vue passer plusieurs nuits sur un banc. J'ai eu le sentiment de ne pas appartenir a ce monde. Je suis devenue dependante de la drogue et j'ai eu des problemes avec la police. Un jour j'ai trouve un abri chez une fille qui s'est presentee a moi et m'a dit "il y a un endroit pour toi, ca s'appelle "La maison de Dror". Je n'ai pas vraiment compris, et je n'avais pas vraiment envie d'etre dans un endroit ferme.

 

J'ai essaye de me suicider plusieurs fois, mais il y a toujours eu quelqu'un pour m'en empecher. La derniere fois que j'ai essaye, je me suis arretee toute seule et je suis partie en furie chercher le numero de telephone de "La maison de Dror". J'ai emballe les quelques vetements que j'avais et j'ai pris le bus. Je ne pensais pas vraiment rester la-bas, juste une nuit. Je suis arrivee la ou il y avait une grande lumiere au milieu de l'obscurite. Un educateur m'a accueilli et des adolescents m'ont prepare le repas du soir. Le premier soir j'etais sous le choc. Choquee d'etre venu jusqu'ici et de la bonte des gens qui m'entouraient. C'etait le bon visage de Tel-Aviv. Je ressentais de la joie avec un melange de crainte.

 

Quand je suis arrivee j'ai exprime tout mon manque de foi et mes soupcons, "qui vous etes pour m'aider ? Vous ne me connaissez meme pas". D'un cote j'esperais de tout mon coeur que quelqu'un m'adopte aupres de lui et parle avec moi, comme on enlace un bebe qui vient de naitre, et d'un autre cote je voulais repousser tout le monde. Parce que je ne pensais pas que quelqu'un puisse vraiment m'accepter telle que je suis.

 

Accepter la difference

 

Quand on m'a acceptee a "La maison de Dror" je suis entree dans un processus ou on t'accepte comme tu es, mais ou on te donne des limites tres claires. Il y a certains soirs des discussions de groupe sur des sujets comme la politique, la communaute, les dilemmes sociaux, et les moyens pour faire face aux situations critiques. Il y a une discussion par semaine avec des assistantes sociales sur les problemes personnels lies a l'etat mental et les outils pour y faire face. Tout ca pour t'aider a trouver le chemin qui te permettra de rentrer chez toi, ou devenir adulte et vivre de facon independante.

 

L'equipe a reussi a trouver les morceaux de puzzle qui me manquaient, il m'ont rendu la confiance, il ont mis la lumiere sur les bonnes choses qui sont en moi et a meme mis en avant des qualites que je ne me connaissais meme pas. Je pense que d'une certaine maniere je suis arrivee en tant que matiere brute et que leurs mains de professionnels m'ont transformee en diamant qui etait enfoui en moi depuis tant annees.

 

Je suis arrivee comme un animal blesse qui saigne. Si j'avais la possibilite de me voir a cette epoque, je ne suis pas sure d'avoir la force  de faire face a cette douleur et de croire qu'il est possible d'operer ici un veritable changement. On dit que quand l'eleve est pret, le professeur arrive. Je crois que c'est la meilleure phrase possible pour raconter mon histoire et celle de "La maison de Dror". J'avais la soif de recevoir des informations nouvelles du monde, de parler une langue que je n'avais jamais parle. J'ai eu la chance de connaitre des femmes et des hommes qui ont vecu des choses dans leur vie et m'ont appris beaucoup sans me juger, sans l'ombre d'une critique, qui n'etaient la que pour m'aider a naitre de nouveau et d'accepter la difference des autres et la mienne.

 

Encore aujourd'hui, alors que je suis presque autonome, et meme en bons rapports avec ma famille, "La maison de Dror" continue de me soutenir. L'equipe s'interesse, m'invite des fois au repas du shabbat, ils sont toujours disponibles pour des entretiens telephoniques, et pour tous les besoins.

 

L'ecriture n'est pas une chose facile pour moi. D'une certaine maniere en ecrivant je revis des evenements traumatiques, que j'aurais prefere oublier. Mais malgre la difficulte, je sais que mon histoire peut permettre a des adolescents en souffrance de reprendre confiance. Parce que "La maison de Dror" n'est pas qu'un lieu d'aide, mais un endroit qui peut sauver des vies. Et si mon histoire personnelle peut y amener d'autres adolescents, alors nous aurons sauve d'autres vies en Israel.

 

בית דרור בתל-אביב

"La maison de Dror"

 

"La maison de Dror" donne un abri immediat aux adolescents qui ont abandonne leur maison a cause de leurs orientations sexuelles. Le centre recoit des jeunes de 14 a 19 ans et dispose d'une equipe pluridisciplinaire qui aide les adolescents et leurs parents. La ligne d'urgence est ouverte a tous moments au 03 516 20 71 et sur le site internet "La maison de Dror".

 

Traduit de l'hebreu par David Goldstein pour Haabir-haisraeli

Tag(s) : #Israel
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