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Nous soignons des patients dans des etats critiques, alors que des sonnettes demandant de l'aide ne cessent de sonner, on nettoie les excrements, on est exposes aux maladies, on met des catheters et on sort meme le linge sale. Qui y a t'il d'extraordinaire a ce que personne ne veut etre infirmiere ?

 

נוטשות את הרפואה הציבורית. בבית החולים איכילוב (צילום: ירון ברנר)

 

Cet hiver, comme chaque hiver, on reparle de nouveau de la pauvre vieille dans le couloir de l'hopital. Les services sont pleins et les infirmieres reclament plus de postes, mais est-ce que plus de postes reglera le probleme ? Beaucoup d'infirmieres viennent de familles dont un des membres pratique deja cette profession. Le sentiment de remplir une mission se transmet, apparemment, dans les familles. Mois on ne va pas etudier les soins infirmiers seulement pour aider les autres. On veut aussi de la securite, de bonnes conditions de travail et un salaire approprie.

 

אחות בבית החולים איכילוב בתל-אביב (צילום: ירון ברנר)

 

Une garde du soir ca ressemble a ca : au debut le service est plein, les patients attendent leurs lettres pour partir et d'autres sont arrives des urgences pour etre hospitalises ! Dans le bruit et le tumulte des patients qui arrivent et ceux qui partent, il ne faut rien rater au risque de voir une catastrophe potentielle arrivee. Chaque infirmiere se voit confier 10-14 patients, dont certains dans un etat critique, relies a des respirateurs artificiels, et dans un lit de soins intensifs. Les sonnettes demandant de l'aide n'arretent pas de sonner pendant toute la garde. En plus il faut aller faire la visite avec les medecins, distribuer les medicaments a des heures differentes, et realiser les soins.

 

השביתה בתל השומר. רוח גבית מהחולים (צילום: מיטל שבתאי)

 

Nous relayons les 'bonnes nouvelles' comme : il n'y a de la place que dans le couloir, l'operation ou le catheterisme a ete recule, le docteur n'est pas disponible. Les parties les moins agreables de notre travail comprennent le lever de malade, le traitement des differents excrements, les soins apportes aux defunts, l'introduction de tuyaux en tous genres et a tous les endroits, et autres... En plus nous servons d'assitantes sociales, de psychologues, d'agents d'entretien (quand les appareils ne marchent pas ou sonnent : ca commence du rechaud dans la salle a manger et jusqu'au appareils medicaux qui sauvent des vies), de femmes de menage (le linge sale du soir et de la nuit ce sont les infirmieres qui s'en occupent), et en fin de compte, qu'est-ce que nous ne faisons pas ?

 

המחלקה הריקה באיכילוב, הבוקר (צילום: ירון ברנר)

 

Parlons un peu d'argent. Une infirmiere a plein temps qui a un diplome universitaire, qui a suivi des cours de formation et a 10 ans d'anciennete gagne en moyenne 4 400 shekels en salaire de base. Apres 10 ans d'anciennete nous recevons toujours un complement pour atteindre le salaire minimum. Si nous voulons gagner un peu plus, nous travaillons le soir, la nuit, pendant les fetes, en fin de semaine (shabbat) et faisons meme des gardes doublees. Le nombre de postes dans les services internes n'a pas ete augmente depuis des annees alors que la population ne fait qu'augmenter, il en est de meme du remboursement de nos frais de deplacements malgre que le prix de l'essence n'a fait qu'augmenter ces derniers temps. Il y a des hopitaux qui ne fournissent pas de repas aux infirmieres le soir ou la nuit parce qu'elles ont une salle a manger. Qui a le temps d'arriver a la salle a manger ? Il y a des hopitaux qui font des economies de materiel et de linge et nous laissent face aux patients pour leur dire : "desolee, il n'y a plus de serviettes et plus de couvertures".

 

נוטשות באיכילוב. יילכו עד הסוף? (צילום: ירון ברנר)

 

La plupart d'entre-nous partirons a la retraite a 65-67 ans, avec une retraite basee seulement sur notre salaire de base. On n'a pas le droit d'etre malade, ni meme quelqu'un de notre famille parce que le mot le plus vulgaire dans la profession c'est "pantcher", crevaison en francais, (en faite une infirmiere qui informe qu'elle ne vient pas travailler a cause d'un probleme de sante). La plupart d'entre-nous n'utilisons pas toutes nos vacances parce que les services sont toujours en sous-effectifs. On exige de nous d'etudier pour evoluer mais on ne recoit qu'une aide minimale pour payer ces etudes et un bonus minimal sur nos salaires. Les frais d'etudes dans les universites ? A nos frais bien sur.

 

On a du mal a lever la tete

 

Nous sommes exposes a la violene physique et verbale. Nous sommes exposes a toutes les maladies diverses et variees, contagieuses et dont pour certaines on n'a ni vaccin ni traitement. Nous respirons des medicaments et des matieres dangereuses comme l'essence, le mercure et les medicaments utilises pour les chimiotherapies. Dans certains services le personnel est expose aux rayon X tous les jours. Sur tout ca il n'y a aucune prime de risque.

 

אחות עם חולה במסדרון ברמב

 

La souffrance en personnel est reelle. Dans les annees a venir environ 20% des infirmieres vont partir en retraite et il n'y aura pas de nouvelles infirmieres pour les remplacer. Une infirmiere reste en general dans un hopital 2 ans. Et pourquoi pas ? Dans les hopitaux prives ou dans les compagnies de medicaments le travail est plus facile et les salaires meilleurs.

 

De la guerre des postes seulement il ne sortira rien. Meme si le ministere de la sante autorise des postes supplementaires, il n'y a personne qui en veut. Au lieu de regler le probleme en faisant une revolution de la profession pour la rendre plus attractive en terme de statut, de salaire, de conditions de travail et d'etude, la solution qui a ete trouvee est de reduire le programme des etudes et de baisser le niveau exige pour entrer dans les ecoles de soins infirmiers. A ce rythme il n'y aura pas que des medecins qui viendront d'Inde, mais aussi des infirmieres.

 

איכילוב נטוש (צילום: ירון ברנר)

 

Alors pourquoi nous levons la tete ? Parce que l'on se sert de nos obligations envers les patients et nos lieux de travail. Et celui qui parle d'abandon de poste est invite a venir avec nous passer une garde et voir qui abandonne qui. Ils pensent que notre souffrance n'est pas reelle, mais nous sommes en pleine guerre de survie. Qui a la force de faire quoi que ce soit en sortant apres avoir fait encore deux heures supplementaires apres sa garde du matin ou du soir ? Comprenez, en dehors des heures de travail nous n'avons plus la force de nous occuper des gens qui ne vont pas bien. Il est temps que quelqu'un s'occupe un peu de nous.

 

Message du syndicat des infirmieres et infirmiers :

 

"Combien vaut une garde de nuit quand les paupieres tombent et que les yeux brulent ? Combien valent les paroles adressees a un malade sur un brancard pour essayer d'apaiser ses souffrances ? Combien vaut la main salutaire qui se joint aux douleurs et aux soupirs ? Combien vaut une infirmiere ?

 

Combien vaut celle qui distribue toute la journee des pansements et des piqures ? Combien vaut une infirmiere qui recupere ton urine et la mienne pour faire des examens ? Combien vaut celle qui nettoie les excrements des vieillards ? Combien vaut la force morale necessaire pour faire face impuissant a la mort ? Et combien vaut le sourire adresse aux blesses et a leur famille ? Combien vaut une infirmiere ?

 

Et vous demandez la misericorde des infirmieres ? Comme si elles faisaient cela toute leur vie sans avoir les mains sales ? Mais donnez leur aussi quelque chose bon sang. Pas de pitie pour leurs jours et leurs nuits passes a faire leur travail. Donnez leur le respect, les moyens d'exister et de meilleures conditions de travail, et un merci au moins, afin qu'ells aussi sachent combien vaut une infirmiere."

 

צילום: דנה קופל

 

Traduit de l'hebreu par David Goldstein pour Haabir-haisraeli.

Tag(s) : #Israel
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