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Vers la fin de 1939, un groupe de 150 adolescents juifs tcheques ont dit au revoir a leur familles et a leurs amis et ont embarque dans un train pour le Danemark. Pour certains, ce fut la derniere fois qu'ils virent ou purent etreindre leurs parents - parce que leur famille, ceux qui sont restes en Tchecoslovaquie, pour la plupart, ont peri.

 

The reunion of the Czech Jewish refugees and their families in Neve Ilan this week (photo credit: Jan Jindra)

 

A l'age de 14 ou 16 ans, ces jeunes ont commence une nouvelle vie. Leur evasion avait ete organisee par la division jeune de l'agence juive (Alyat hanoar) affiliee aux groupes de la jeunesse sioniste comme Maccabi Hatsair ou la ligue danoise de la paix et plusieurs communautes juives.

 

Ils ont ete recueillis par des familles danoises ordinaires, ils ont vecu dans des familles d'acceuil et travaillaient dans des fermes. Pourquoi des fermes ? En fait il s'agissait plus que d'une simple evasion. Un des buts de ces groupes de jeunes etait de preparer une nouvelle classe de pionniers laboureurs de terre pour leur future installation dans l'Etat d'Israel. (Ce plan a marche. Beaucoup de ceux qui ont suivi ce chemin pour la Palestine mandataire ou Israel, finirent par travailler dans les sciences naturelles ou dans les grandes fermes des kibbutz du nord du pays).

 

Au Danemark la vie fut plutot bonne pour ces jeunes chanceux : ils ont ete epargnes par le sort que vecurent les autres juifs pendant la shoah, et ils n'ont pas eu a porter l'etoile jaune. Malgre tout, ils etaient des refugies, et tant que la guerre faisait rage, les nazis etaient toujours presents.

 

Some of the teenage Jewish Czech refugees in Denmark in the fall of 1941 (photo credit: Courtesy, archive of Judita Matyasova)

Quelqu'uns des adolescents tcheques refugies au Danemark fin 1941

 

Ils ont grandi pour etre comme une famille unie. Ceux qui vivaient dans les fermes du sud de la region de Sjaelland, par exemple, se rencontraient au moins une fois par semaine dans la ville de Naestved, s'offrant a chacun un minimum de stabilite et de continuite au milieu de cet ocean de changements.

 

Certains devinrent de tres bons amis, d'autres connurent leur futur conjoint dans le groupe.

 

Mais en 1943, les nazis annoncerent que les 7000 juifs de Danemark ne seraient plus libres. Jusque-la, l'Allemagne avait plus ou moins respecte les institutions danoises, et avait donne le statut de protectorat au pays. Maintenant les juifs allaient etre arretes et deportes. Beaucoup de ces jeunes embarquerent clandestinement sur des bateaux de peche en direction de la Suede, qui etait neutre - et beaucoup de danois risquerent leur vie pour les faire partir. D'autres de ces jeunes juifs deciderent de partir pour la Palestine.

 

Le groupe fut disperse. A une ere ou la communication de masse n'etait pas encore la norme, les amis se perdirent instantanement de vue. Ils se sont deplaces, en Afrique du sud, en Israel, aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, sans jamais savoir ce que devenaient leurs amis d'enfance. Avec les annees, les souvenirs finirent par s'estomper, jusqu'a l'annee derniere, lorsqu'une journaliste meticuleuse basee a Prague, Judita Matyasova, commenca a assembler les histoires de ce groupe extraordinaire, mettant en route un processus de reconnexion.

 

Anne Marie Steiner, 'Nemca,' and Judith Shaked sat outside last week. It was their first meeting in dozens of years. The two girls were best friends during their time in Denmark. (photo credit: Michal Shmulovich/ToI)

Anne Marie ‘Nemka’ Steiner et Judith Shaked lors de leur rencontre a Neve Ilan

 

La semaine derniere, dans une maison lumineuse et spacieuse de Neve Ilan a l'exterieur de Jerusalem, six des anciens refugies, et les proches de ceux qui sont decedes ou ne pouvaient pas faire le deplacement, se sont rencontres lors d'une reunion emouvante. Pour la plupart d'entre eux, c'etait la premiere fois qu'ils rouvraient le chapitre de la deuxieme guerre mondiale - quand rester en vie voulait dire abandonner leur famille, et quand l'enfance signifiait fuite et massacre de masse.

 

Lors de la rencontre, deux amies recemment reunies - Anne Marie ‘Nemka’ Steiner (nee Federer) et Judith Shaked - se sont assises dehors, sur une grande terrasse donnant sur les montagnes de Judee. Elles rigolaient en buvant leur the noir. Elles parlaient a voix basse, comme des soeurs qui s'echangent un secret, et leurs tetes etaient inclinees l'une vers l'autre. Leur conversation etait continue, sans pause, comme si cela ne faisait qu'un an qu'elles ne s'etaient pas vue.

 

"Je ne l'ai pas vue depuis 70 ans !", s'exclama Shaked. Nemka etait sa meilleure amie au Danemark, mais elles n'etaient pas en contact depuis qu'elles s'etaient separees, quand Shaked vint en Palestine et que Nemka se sauva en Suede. "Mais nous etions si proches... Vraiment, nous l'etions", declara Shaked, en regardant tendrement son amie.

 

Sophie choisit le chemin de la Tchecoslovaquie

 

Volant pour l'Afrique du sud, Linda Fine - la fille de Edita Moravcova (connue sous son diminutif: Dita), une des refugies qui est decedee - declara : "ce n'etait pas facile (pour de tres jeunes parents), vous savez... Certaines familles avaient plusieurs enfants autour de 15 ans et qui etaient actifs dans les mouvements de jeunesse juifs (ceux qui organiserent l'evasion des adolescents) - mais ils ne purent mettre qu'un seul de leurs enfants sur le train qui partait pour le Danemark. Vous vous imaginez avoir a faire un tel choix ? Sachant que votre autre enfant va mourir ?

 

D'autres familles presentes a la reunion confirmerent le recit dechirant de Fine, et le choix impossible que les gens durent faire.

 

Dita etait sage pour son age. Sa mere etait morte quand elle avait seulement 9 ans. Elle en avait 14 quand elle quitta Prague. Elle vendit les bijoux de sa mere pour se payer le billet de train, et se rendit aupres du bureau de l'agence juive toute seule pour regler les details de son evasion.

 

Teenage Jewish Czech refugees in Denmark in the early years of World War II. Some 150 of the 700 teens saved by Danish foster families during the war were from Czechoslovakia. They often rode their bikes and met in Naestved, and shared stories and practiced their Hebrew, with the hopes of one day making it to Palestine. (photo credit: Courtesy, archive of Judita Matyasova)

 

Apres le Danemark et la Suede, Dita vint s'installer en Palestine ou elle travailla comme hotesse de l'air pour une compagnie aerienne tchecoslovaque. A son insu, elle aida a faire entrer clandestinement des documents pour le groupe Stern au cours de ses vols. Elle fut arretee par les britanniques, et ecrit dans son journal qu'elle s'etait sentie "utilisee par son propre peuple", raconta Linda Fine.

 

"Je pense que c'est une des raisons pour lesquelles elle n'est pas restee en Israel", ajouta Fine. "Apres avoir ete une des rescapes de la shoah, ca a ete tres douloureux pour elle".

 

Dita a connu "de belles annees" au Danemark, mais le prix pour etre sauvee lui laissa des souvenirs doux-amers, declarerent les refugies reunis.

 

"Les courageux furent nos parents", declara Dagmar Pollakova, un des six survivants de la reunion intime. "Ils ont ete tres courageux de nous dire au revoir, nous n'etions que des enfants, sans savoir s'ils nous reverraient un jour". En fait, la plupart d'entre eux ne le firent pas.

 

Dan H. Yaalon (une version hebraisee du nom tcheque : Hardy Berger), est un geologue erudit forme a l'universite hebraique, dont le fils Uri a recu la reunion, a raconte que le moment ou il a du dire au revoir a sa mere est un de ses plus durs souvenirs.

 

"J'avais 10 ans quand mon pere est decede", raconte Yaalon. C'etait la premiere fois depuis le debut de la conversation qu'une emotion brute surgissait de son apparence joviale. "Alors, juste quelques annees apres, j'ai du dire au revoir a ma mere, une veuve, et depart pour le Danemark", a t-il raconte avec une larme a l'oeil.

 

Pendant une periode, il put communiquer avec son pere, grace aux lettres de la croix rouge, qui ne permettait d'ecrire que 25 mots, mais ca s'est vite arrete quand les nazis prirent le controle du Danemark.

 

Dan H. Yaalon looks on as Anne Marie Steiner, 'Nemca,' and Judith Shaked embrace at their first meeting in dozens of years. The two girls were best friends during their time in Denmark. (photo credit: Eliska Blazkova)

Dan H. Yaalon, Anne Marie ‘Nemka’ Steiner et Judith Shaked

 

Certains des adolescents retrouverent leurs parents apres la guerre - Ils furent de rares exceptions. Dina Kafkova a retrouve son pere, un des quelques juifs qui s'echapperent de Prague en 1941.

 

La fille de Kafkova, Barbara Rich est avocate a Londres et a represente sa mere a la reunion. Elle a explique qu'elle aurait aime que sa mere soit encore en vie pour pouvoir lui poser des questions sur ses experiences de la guerre.

 

"Tu sais comment sont les enfants, tes parents sont infiniment ennuyeux quand tu es un adolescent... Et ma mere ne m'a jamais parle de la guerre", a raconte Rich. "Peut-etre qu'il n'etait pas possible de parler de la shoah comme aujourd'hui". Ou peut-etre que les experiences - souvenir d'une autre vie - etaient trop fraiches, et que d'en parler etait trop dur.

 

Cette rencontre en Israel a eu lieu grace a une suite aleatoire d'evenements : il y a plusieurs annees, quand Kafkova se lia d'amitie avec une inconnue dans le metro londonien, une femme qui, plusieurs annees plus tard, passa une annonce dans un journal juif local. Cette annonce fut remarquee par un homme appele Yaalon, et elle demandait si quelqu'un avait des informations sur les juifs tcheques qui vecurent au Danemark pendant la guerre. Quand l'annonce fut transmise a Kafkova, elle combla une lacune vieille de 40 ans. Bien qu'elle le connaissait sous son nom tcheque, Berger, Kafkova reconnnut Yaalon directement et lui ecrit.

 

Ils furent en contact, et elle vint meme lui rendre visite en Israel - mais le groupe n'etait pas encore au courant des autres.

 

"Cette reunion aurait signifie pour elle", Rich raconte sur sa mere.

 

A few of the teenage Czech Jewish refugees enjoying the Danish winter in the early 1940s (photo credit: Courtesy, archive of Judita Matyasova)

Des adolescents tcheques dans l'hiver danois de 1940

 

Matyasova (qui a travaille benevolement) a parle des efforts pour reconnecter les membres du groupe et recuperer leurs histoires inedites - pas seulement pour eux, mais aussi pour les membres de la famille, et les generations a venir - et c'est loin d'etre termine.

 

"Plusieurs individus, ou meme un individu, c'est mieux qu'un numero", a t-elle declare a la reunion. "Il y a plus de tcheques sauves par le Danemark pendant la guerre, et je veux tous les trouver".

 

Traduit de l'anglais par David Goldstein pour Haabir-haisraeli

Tag(s) : #Shoah

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