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"Que se serait-il passe si Sandra ne m'avait pas sauve ?" Demande Moishe a ses grands-parents qui sont devenus ses parents d'adoption, alors qu'ils n'ont pas de reponse. Tout juste cinq ans apres avoir perdu son pere et sa mere dans les attentats de Bombay, Moishe a fete ses sept ans et a une demande : "que le Mashiah vienne, comme ca papa et maman viendront vite".

Par Smadar Shir.

 

Moishe Holtzberg

 

Qu'est-ce qu'un miracle ? Je demande a Moishe Holtzberg dont les yeux brillent sous sa kippa et entre les bouclettes de ses peyot. "Yehuda Maccabi ! Hanukkah ! Une minorite contre une majorite !", il applaudit et leche la glace au chocolat qui coule sur son menton.

 

Il n'y a que quelques minutes qu'il est rentre a la maison apres sa visite hebdomadaire chez le psychologue. Sandra, sa nounou indienne, l'a ramene chez lui et sur le chemin, elle lui a achete un falafel et une glace avec des bonbons. J'ai entendu son rire quand il etait encore dans la rue et qu'il faisait la course avec Sandra. Moishe est arrive le premier a la porte et il a gagne.

 

A toi aussi il est arrive un miracle, dis-je en hesitant. "Un grand miracle ! Un grand miracle !" dit-il en caracolant de la salle a manger au salon. Apres il prend un ballon, commence a dribbler et invite Sandra a faire des passes.

 

"Grace a D.ieu c'est un enfant joyeux, et ca aussi c'est un grand miracle", se rejouissent Yehudite, la rabbanite (que Moishe appelle grand-mere mais aussi maman), et Shimon Rosenberg, le rabbin (que Moishe surnomme Zeide). Eux-memes l'appellent fils et petit-fils, ou en un seul mot Benhed. Ils sont les grands-parents maternels de Moishe. Il y a trois semaines, Moishe a fete ses 7 ans. "Selon le calendrier hebraique son anniversaire tombe le lendemain de l'assassinat de ses parents, Gabriel et Rivka Holtzberg, tues lors des attentats de Bombay".

 

Et il pose des questions sur eux. "Pendant la journee, il est occupe et n'a pas de temps pour les questions", explique le rav Rosenberg, qui est arrive avec sa femme il y a 42 ans a Afula en tant qu'envoye du Beit Habad, ou le couple a eleve 11 enfants, "mais dans son lit, avant de reciter le Shema Israel, Moishe en pose des questions".

 

"Que se serait-il passe si Sandra ne m'avait pas sauve ?", demande-t-il a son grand-pere et a sa grand-mere. "Et je ne sais pas quoi lui dire", explique Yehudite. Un autre soir, Moishe parle de ses deux freres qui sont morts de maladie avant qu'il ne vienne au monde, et il demande si la maladie qu'ils avaient etait contagieuse. "Je l'enlace et je lui reponds que bien sur que non, grace a D.ieu tu es en bonne sante", continue-t-elle.

 

Mais pour eux, les moments les plus difficiles sont quand Moishe demande a Shimon : "pourquoi D.ieu a fait ca ?", et Shimon lui repond qu'il n'a pas de reponse. "Mais le fait que nous ne connaissions pas la reponse ne diminue pas, has veshalom, notre foi en D.ieu. Nous croyons que tout ce qui vient de Lui c'est pour le bien. Si nous ne sommes pas capables de comprendre ses actes, le probleme vient de nous, pas de Lui".

 

Rivka z"l etait la sixieme de leurs enfants, "et c'est une douleur qui ne se referme pas" explique son pere. "Meme si nos sages disent dans le Talmud qu'on est plus fort si on eloigne la mort de notre coeur, il est impossible d'oublier". "D'un point de vue exterieur", temoignent-ils, "Moishe ressemble beaucoup a son pere, mais a l'interieur il y a beaucoup de sa mere". Yehudite lui jette un regard attendri et lui dit : "tu ris exactement comme ta mere". Il est content, il est meme gaucher comme elle.

 

Comme la glace lui a rempli le ventre, Moishe n'a meme pas envie de son falafel, alors sa grand-mere le fait s'asseoir a cote d'une petite table dans la cuisine et lui presente une feuille. "Combien de fois apparait le mot Mashiah dans ces mots fleches ?", lui demande-t-elle. "J'ai trouve sept fois le mot Mashiah !", declare-t-il, "et encore un Mashiah !" Quand on leve son verre, il est de coutume de dire une benediction. "Que le Mashiah vienne, et ainsi papa et maman viendront vite", declare Moishe. "Ca arrivera", lui promet sa grand-mere, "si D.ieu le veut".

 

Pendant la semaine, la maison est calme. Il y a grand-pere, grand-mere et le petit-fils actif et coquin. En milieu de semaine Sandra sejourne aussi a la maison, et d'apres le grand-pere "entre elle et lui il y a un lien tres fort. Elle etait sa 'nanny' depuis que Gabriel et rivka etaient retournes a Bombay, elle l'a eleve avec devouement et amour". "Elle ne l'a pas eleve, elle en a pris soin", precise la grand-mere.

 

Moishe sait compter jusqu'a dix en indien, et avec elle il parle toujours anglais malgre que l'annee derniere elle ait commence a apprendre l'hebreu. "Entre-eux il y aura toujours un lien particulier, en fait elle lui a sauve la vie, mais le psychologue nous a conseille de les separer un peu", explique Yehudite. "C'est pour le bien de Moishe. C'est deja un grand garcon".

 

La moitie de la semaine Sandra travaille a Jerusalem a l'institut Ala, avec des deficients mentaux, et l'autre moitie de la semaine, elle est avec Moishe a Afula. Elle a sa chambre, ses deux enfants sont en Inde, ils ont 30 ans et plus, et elle veut rester ici. "Elle a encore une carte d'identite orange, temporaire", explique la grand-mere. "L'anne prochaine elle est censee recevoir une carte d'identite bleue, et la citoyennete israelienne".

 

Le soir du shabbat, la maison de deux etages se remplit de joie de vivre. "Nous n'avons qu'une fille qui habite a cote de nous, tous les autres sont eparpilles dans tout Israel, en tant qu'envoyes du Habad, mais le shabbat une partie d'entre eux viennent avec nos petits-enfants", raconte le rav. "Combien de petits-enfants nous avons ? Le plus possible, on ne compte pas. Deux de nos petites-filles sont nees au mois de Kislev, une semaine avant et une semaine apres Moishe, et c'est un bonheur de les voir jouer ensemble comme des triples".

 

Trois fois par an, les grands-parents de New York viennent en Israel, Frida et Nahman Holtzberg, "et malgre qu'ils aient de la famille dans tout Israel, ils font shabbat chez nous. Leur derniere visite vient de se terminer, ils ont ete la pendant un mois".

 

La grand-mere est angoissee ?

 

"Oui", elle jette un regard vers le sol. "Sans aucun doute. Je suis plus inquiete pour lui que je ne l'ai jamais ete pour mes enfants. J'ai recu une tache, celle de l'elever et de prendre soin de lui".

 

Chaque matin, avant de partir a l'ecole, Moishe s'occupe de la tsedaka, il prend une poignee de petite monnaie et met les pieces dans la 'koupat hatsedaka" qui est au nom de ses parents et de ses deux freres. Ils lui ont appris a faire ca des l'age de deux ans, quand il est arrive chez eux, et cette ceremonie il ne la rate jamais. Dans ce petit coin reserve a la tsedaka, il y a aussi des photos de ses parents, de leur jeunesse, en tant que jeune couple avec lui, et sa grand-mere me montre une photo dans un cadre rond.

 

A l'age de deux ans et demi, Moishe a fait tomber cette photo sur le sol et a declare a sa grand-mere : "papa et maman sont tombes". Ca a ete le seul temoignange qu'il a montre de ce qu'il s'est passe. "C'est naturel", declare le grand-pere, "en fait les trois etaient couches la-bas, sur le sol, et lui il s'est leve entre ses deux parents et a pleure. Au debut il a crie 'maman', apres 'Sandra', et par chance elle a eu du courage et de l'ingeniosite".

 

Depuis qu'il a fait tomber cette photo, ils ne l'encouragent plus a creuser dans sa memoire, "mais quand il pose des questions nous lui repondons afin qu'il entende nos reponses", explique le grand-pere. "Les enfants peuvent etre cruels, et nous ne voulons pas que quelqu'un se moque de lui sur quelque chose qu'il ne sait pas. Quand Moishe parle d'une chose particuliere, nous en informons le psychologue afin qu'il soit au courant de ce qui le preoccupe".

 

Quand Moishe est arrive chez eux de Bombay, il y a cinq ans, les Rosenberg ont sureleve la cloture autour de leur maison. "On n'a pas eu le choix", explique Shimon. "Les gens se tenaient face a la maison pour voir Moishe et certains ont meme essaye de le photographier pendant shabbat. Je pense qu'ils ont fait ca par amour ou par identification. Meme aujourd'hui on le reconnait, on vient le voir et on lui pose des questions".

 

"Comics !", demande Moishe. "Comics", il demande et sa grand-mere lui apporte son livre prefere, "Les histoires du Baal Shem Tov en bande dessinee", et elle temoigne que ces dernieres annees la litterature hassidique a change de visage et qu'il y a des publications etonnantes. Il y a une histoire que Moishe aime particulierement : "Le  vieux Rabbi avait un hassid pas tres fute". "Un jour, les fideles ont fait un concours : qui arriverait le premier a la maison du rav, et il a gagne, il est arrive le premier. Il s'est alors suspendu a la porte en fer et s'est mis a se balancer. Quand les autres fideles sont arrives ils lui ont demande pourquoi il se balancait comme ca, le hassid a repondu : dans les poissonneries ont accroche un poisson a la porte. Dans une cordonnerie on accroche une chaussure sur la porte. Alors on accroche quoi a la porte d'un rav ? Un hassid !". "Un hassid qui se balance comme une hassida (cygogne) !", ajoute Moishe.

 

Au Talmud Torah, en plus des limoudei hakodesh, Moishe apprend aussi les mathematiques et l'hebreu, "et c'est un bon eleve", disent en souriant ses grands-parents. Apres les etudes, prevoient-ils, il ira etudier dans la cour du Rabbi et apres il partira pour le Beit Habad et se mariera.

 

Jusque-la ils se concentrent sur le futur proche. Il y a quatre ans et demi la premiere pierre de "La maison de Gabriel et Rivka" a ete posee a Afula, "une maison dediee aux bonnes actions". Selon le grand-pere, "la mairie a donne le terrain et les bonnes gens ont aide ma femme et moi a travailler sur le projet. Ce sera un batiment de trois etages, sur 800 metres carres, avec beaucoup d'objectifs. Il y aura dedans un coin pour les soldats qui veulent s'arreter un petit moment et se rafraichir un peu, il y aura un memorial et un Beit Midrash, une salle de priere, une cuisine qui servira des repas aux enfants dont les familles sont en difficulte, et des habits de fete pour ceux qui marient un de leurs enfants, une salle de jeux,... "Il n'y a pas de limite a la charite, mais il y a des limites aux finances", dit-il en frottant maladroitement les manches de son manteau noir. "Le batiment va couter 2 millions de dollars, on a besoin de dons".

 

Il y a cinq mois, la construction des fondations du batiment a commence grace a l'argent deja recolte. "Depuis", raconte le rav, "chaque vendredi je vais voir le chantier avec Moishe, et constater comment le travail avance. Il sait que ce batiment portera le nom de ses parents, et il sait aussi qu'un jour viendra ou il continuera ce qu'ils ont commence".

 

Traduit de l'hebreu par David Goldstein pour Haabir-haisraeli.

Tag(s) : #Israel
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