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Le soleil eclatant, les gens au visage rayonnant, les fonctionnaires antipathiques, et le premier 'Djouk' (cafard) rencontre dans la salle de bains. La famille Levy a abandonne la ville de Milan, qui s'islamise, apres 27 ans et a monte sa premiere soukkah en Israel.

Par Enat Levy



הבן אייזיק והמזוודות בנתב
Une maison sur un chariot
 

Mi-aout. Nous venons d'atterrir a l'aeroport Ben Gourion apres deux mois de tensions et de fatigue. Nous avons vu la coupe d'Europe et les jeux olympiques entre deux piles de cartons et d'objets divers, au plus fort des complications bureaucratiques. L'agence juive a continue de nous demander des montagnes de documents, et a chaque fois que nous pensions que l'autorisation pour l'Alyah tant attendue allait arriver, on nous rajoutait une autre liste de certificats et de declarations. Nous avons du prouver notre judaite, malgre que mon mari et moi sommes nes en Israel, fournir des certificats et des documents montrant ce que nous avons fait pratiquement pendant toute notre vie.

 
הילדים משכו אותנו חזרה ארצה. ליד מגדל פיזה (צילום: ענת לוי)
Oye ve Milano

Les difficultes bureaucratiques que l'on nous avait promis ne mirent pas longtemps a arriver. Nous sommes arrives en Israel seulement apres avoir ecrit une lettre au dirigeant de l'agence juive, Natan Sharansky, lettre qui detaillait le manque de professionnalisme et le chaos qui regne au sein des autorites censees nous accueillir. On m'a balade pendant des semaines et voyez, miracle des miracles, deux jours apres que j'aie envoye ma lettre, les choses ont commence a avancer tres vite. Je pense tout le temps a tous les immigrants qui arrivent sans parler l'hebreu et qui doivent faire face a des fonctionnaires intraitables (apparemment) qui ne vous aident pas, meme avec un pistolet sur la tempe. Dans certaines administrations, un immigrant devrait savoir ce a quoi il a droit et ce qu'il doit faire, et c'est de sa faute s'il ne connait pas ses droits et s'il fait des erreurs.

 

On a eu droit a trois valises par personne. Decider ce qui vient et ce qui reste a Milan a ete tres dur. Fourrer la vie complete de cinq personnes dans dix-sept valises et cinq bagages a main (meme comme ca on a du payer un supplement de bagages) est une mission impossible. Un bagage a main etait reserve aux documents destines au ministere de l'integration.

 
מרכיבים רהיטים חדשים (צילום: תרי לוי)
Bonjour Ikea

 La lumiere qui nous innonde tous les matins est tellement differente de la grisaille europeenne que nous nous sommes vite habitues. La premiere rencontre avec un 'Djouk' dans notre salle de bains a ete accompagnee de hurlements d'horreur de ma part et de la part de mes filles, et des tentatives de l'eloigner. Mon mari et mes fils, ces heros, ont mis le cruel ennemi en fuite et l'ont jete hors de la maison (ils ne les tuent pas encore). Le lit que nous avons achete est arrive cette semaine, apres 40 jours passes a dormir sur des matelas (eh oui, ils nous avaient promis une livraison en 10 jours), mais l'attente valait le coup. Les autres fournisseurs ont promis et tenu leurs promesses, les livraisons ont ete faites dans les temps et le service client a la hauteur.

 

Trouver sa voie

 

A la 'kouppat holim' (sorte de caisse maladie/dispensaire) nous avons recu un cafe de la secretaire qui nous a aide et guide de tout son coeur. Il en a ete de meme a la douane. Des gens bien au milieu du chemin. A part eux, il y a des fonctionnaires a la mairie, au ministere de l'integration et a la securite sociale qui travaillent avec une 'petite tete' (ils n'en ont rien a faire). D'autres documents, d'autres preuves. Ca ne suffit pas. Allez a Kfar-Saba, pas a Herzliya. Au final, tu decouvres que les courses a droite et a gauche de toute la semaine n'ont servi a rien et qu'il faut tout recommencer depuis le debut. Encore une fois, les pauvres immigrants qui doivent faire face a des fonctionnaires etanches et antipathiques…

 
חיים בלי צרות. איטליה באייטיז (צילום: ענת לוי)
Enat Levy

Nous avons laisse beaucoup d'affaires que nous ferons venir quand nous le desirerons ou nous nous installerons. La maison est plus vide qu'a Milan. Nous savons tous combien les livres et les photos "font la maison". Que faire, ils arriveront plus tard avec le reste. Nous 'habillons' la maison pour lui donner un semblant de chez nous, mais on ne se plaint pas, au contraire, la chance de pouvoir vivre a notre age une seconde vie adoucit toutes les pilules ameres que nous devons avaler.

 

Nous tracons notre chemin sur cette terre nouvelle et tant aimee, nous la goutons sous un autre angle, nous prenons plaisir aux nouveautes comme la queue au supermarche ou l'on m'explique comment nettoyer le poisson et comment faire cuire le roti que j'ai choisi, a trembler devant la quantite de sacs plastiques gaspilles dans les magasins, et a comprendre qu'en Israel presque tout le monde a un smartphone. Tout le monde telephone : le coiffeur telephone en faisant une mise en pli, le boucher en vous servant, toutes les caissieres, le chauffeur d'autobus, la maitresse d'ecole, le docteur, et nous bien sur.

 

60 nouveaux immigrants au lycee

 

Apres la grave recession dont nous nous etions habitues en Italie, avec les magasins pleins de marchandises et les gens avec les mains vides, il a fallu s'habituer au kanyonim (centre commerciaux) israeliens pleins a craquer de gens qui achetent sans compter a un rythme effrayant. Monter des meubles 'Ikea' et 'Home center' est une chose habituelle. La construction de la premiere soucca de notre vie a la sortie de kippour a ete un jeu pour les enfants avec tous ces nouveaux elements. Quelle aventure.

 
בן בדרך לבית הספר ברעננה. חיים חדשים, חברים חדשים (צילום: תרי לוי)
Ben et son ecole de Raanana

A props de kippour. Quelle ambiance. Nous avons ete a la synagogue proche de chez nous ou viennent les anciennes familles de Milan. Ca a ete bizarre de ne connaitre que deux, trois personnes dans la foule immense. Et le nombre d'enfants dans la rue, bli ayn ra tfou tfou tfou. Tous beaux et gentils. A Milan, inutile de le preciser, tout le monde se connait. Et dans les rues il n'y a pas une poussette, sauf dans les quartiers arabes.

 

Ben, notre plus jeune fils, a commence l'ecole en kita youd a Ostrovsky avec 60 autres nouveaux immigrants. Il s'avere que nous ne sommes pas les seuls fous. Dans sa section, il y a 9 classes dont 3 classes de nouveaux immigrants. Un nombre impressionnant. L'equipe enseignante est a l'ecoute et les guide dans leur integration. Il etait tres tendu les premiers jours mais quand il a compris qu'il pourrait arriver a de beaux resultats, il s'est calme et il a commence a se mettre en  place. Ses amis de Milan occupent pourtant encore une grosse partie de son temps libre. Nous avons parle de l'Iphone ?

 

La premiere soucca en Israel

 

L'armee ne s'empresse pas de rencontrer mes deux enfants, mais eux oui sont presses. Nous avons du transmettre leurs dossiers du centre de recrutement de Jerusalem a celui de Tel-hashomer. Il y a plus d'un mois j'ai appele a plusieurs reprises, la derniere fois ils m'ont dit que si ils voulaient commencer ils devaient se presenter au centre de recrutement. Ok, on va y aller. Entre temps, ils ont tout de suite trouve un travail en se promenant sur Ahouza, la rue principale de Raanana.

 
אסתר (תרי) עם תעודת הזהות הישראלית (צילום: תרי לוי)
Esther avec sa teoudat zeout

Mon mari et mes enfants ont appris a utiliser des mots et des expressions nouvelles comme : tashtit internet, rakezet, yoetset, pirzoul, rav kav, prisat, tashloumim, bektana, etc… Ils ont installe pour eux une television dans le salon ou ils voient les programmes italiens pour la ligue de football, et passent aux chaines israeliennes pour voir les informations parce que en fait voila, c'est la realite, et l'histoire de l'adolescente qui s'est faite attraper avec un joueur de foot italien, ils puorront le lire plus tard sur internet.

 

Nous avons tous suivi avec grand interet la serie de reportages de Tsvi Ikhzkeli sur l'islamisation de l'Europe. J'ai vue Milan et j'ai ressenti le sentiment qu'il faisait passer : la peur, la haine, le manque d'interet et la naivete des europeens. Tout cela nous a ramene a ce que tout le monde ressent aujourd'hui en Italie. La gauche italienne a donne a l'islam radical la possibilite d'agir librement. Tu peux voir des dizaines de musulmans prier sur les trottoirs, les marches sont controles par les arabes et les etrangers, il est tres dangereux de sortir la nuit et de voyager sur certaines lignes. Il y a meme des viols dans les tranports en commun. Les italiens se taisent et continuent leur routine europeenne typique. Les ecoles et les maternites sont pleines d'etrangers. En Italie, une naissance sur trois est etrangere. L'Europe est assise sur une bombe a retardement  et la haine de l'etranger grandit de jour en jour, et pas vraiment a cause du racisme ou de la religion.

 

Apres le premier recit (a lire absolument : ICI ) que j'ai ecrit, nombreux sont ceux qui m'ont ecrit que la realite allait se reveler a moi et que je verrais vite les problemes en Israel. Excusez moi de vous decevoir. Malgre les difficultes, et le debut qui est toujours difficile, la pomme et le miel que nous avons mange ce nouvel an ont ete les plus doux depuis des annees. C'est aussi la premiere fois que nous avons vecu la benediction d'etre assis dans la soucca que nous avons construit. Cette annee les benedictions ont un sens bien plus profond et elles sont beaucoup plus emouvantes. Entoures d'amour et de notre famille, nous sommes enfin a la maison.

 
סוכה ראשונה בישראל (צילום: תרי לוי)
Premiere Soucca

Enat Levy, 49 ans, a travaille dans l'organisation de repas pour receptions a Milan. Elle est revenue en Israel apres 27 ans passes en Italie. Son mari avait un an quand il est parti pour Milan avec sa famille. Ils ont 4 enfants : Hani (21 ans) etudiante de troisieme annee au Technion a la faculte d'inginerie civile. Esther (19 ans) a fini ses etudes au lycee juif de Milan, elle travaille comme baby-sitter et comme serveuse en attendant de faire son service militaire. Itsik (18 ans) a aussi fini le lycee a Milan. Il travaille dans un magasin de fromage d'importation dans le centre ville de Raanana et donne des cours prives en attendant, lui aussi, de faire son service militaire. Ben (15 ans) est eleve en kita youd a l'ecole Ostrovsky de Raanana.

     

 

Traduit de l'hebreu par David Goldstein pour Haabir-haisraeli

Tag(s) : #Israel
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